RECHERCHER SUR LA POINTE :

Du 8 au 30 mai 2026 se tient la 31e édition du Kunstenfestivaldesarts. Les plumes de la Pointe s’y aventurent, les sens en éveil, la curiosité en alerte, la subjectivité en bandoulière.
épisode 3/3
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Parmi le tourbillon d’images de «A Flower of Forgetfulness», celles d’Apitchatpong Weerasethakul et d’autres artistes. ©Pornpan Arayaveerasid

Le subjectif sous l’objectif

Émois

épisode 3/3

Bruxelles, dimanche 10 mai 2026

Cher Journal,

Aujourd’hui, c’était la fête des mères, 30e édition sans la mienne, 31e du KFDA. Quel rapport? Et est-ce ici l’endroit de te raconter ça? Peut-être pas. Est-ce que le festival année après année me console? Pas de réponse évidente mais des dizaines, des centaines de fragments, dans ma mémoire ou qui s’évaporent, m’échappent mais sédimentent quelque part.

Pas de réponse mais un indice sur les biais inévitables, les filtres de lecture. Sur l’objectivité décidément impossible, pas même souhaitable. Sur ce que nous souffle l’art à l’instant T.

Plongée dans l’obscurité, la chapelle des Brigittines s’emplit de monde. Quelques chaises en périphérie, l’essentiel de l’espace où déambuler, et une haute plateforme à laquelle on accède par un échafaudage. Cinéaste et artiste visuel, Apichatpong Weerasethakul (°Bangkok, 1970) est un habitué du Kunsten. L’hybridité de ses pratiques trouve place naturellement dans celle que cultive le festival. Il y était en 2005, puis en 2016. Le revoilà.

L’instant T

L’instant T agit, en résonance avec le travail mémoriel et sensible de l’artiste – ici en collaboration avec Rueangrith Suntisuk, Pornpan Arayaveerasid, Akritchalerm Kalayanamitr et Koichi Shimizu..

Les images superposées, l’ordinaire et l’exceptionnel, la contemplation et le voyage, la trace tenace et la «fleur de l’oubli», cette Flower of Forgetfulness mythique qui, quand on la hume, abolit tous les souvenirs, et que Weerasethakul rapproche de l’effet que produit sur lui la musique de Ryuichi Sakamoto: lui faire «redécouvrir le monde à partir de rien».

La poésie des contrastes et des continuités

Les images projetées convoquent les contraires et provoquent des étreintes. Les tracés humains et ceux de la nature. L’eau, les flammes. Les figures du passé, intimes ou politiques. Intimes ET politiques. L’archive pour mémoire. Tous ces feux qui crépitent: le foyer, le danger. Tous ces trains, tous ces bateaux qui avancent: le passé, le futur, le présent du déplacement. L’exploration des sommets et la lenteur contenue des intérieurs. Le feutre et l’encre sur le papier. La poésie des contrastes et des continuités.

Et puis les fumées, les lumières en segments, en ondes, les infrabasses, la vibration tellurique et l’échappée onirique. Les obliques tranchantes et la Terre-mère. La grand’voile qui module l’espace de la chapelle s’élève et enfle, contient autant les océans, les continents, que les contours microscopiques du minéral, du végétal, de l’animal.

Des profondeurs de l’oubli aux sommets, cette traversée comme un souffle donne au souvenir son poids précieux, évanescent, étourdissant. Et au subjectif toute sa place sous l’objectif d’Apichatpong Weerasethakul et ses comparses.

©Pornpan Arayaveerasid

Kunstenfestivaldesarts, partout à Bruxelles, jusqu’au 30 mai. Programme complet, derniers billets sur www.kfda.be

Billetterie, resto, rencontres, fêtes: le QG du festival est installé cette année aux Tanneurs. C’est là que, chaque mercredi, Habib Ben Tanfous propose une déclinaison de son spectacle Orchestre vide – Longing for you sous forme de soirée aux accents de karaoké (les 13, 20 et 27 mai, à partir de 22h30).

La Pointe s’écoute aussi, chaque 3e jeudi du mois, à 18h, en direct sur les ondes de Radio Panik (105.4) et en différé en ligne. Le prochain épisode de La Pointe du Jour, le 21 mai, parlera évidemment du Kunstenfestivaldesarts en cours.


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