RECHERCHER SUR LA POINTE :

Une œuvre ou un·e auteur·ice qui déclenche un enthousiasme entier, jubilatoire, sans nuance. Le genre «je l’achète sans regarder la quatrième de couverture, ou sans écouter le single». Bref, on aime, on est béat, et on le dit fort.
épisode 5/5
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Elisabet Davidsdottir/Courtesy of the artist, Luhring Augustine, New York, and i8 Gallery, Reykjavik. ©DR.

«Once again I fall into…» avec Ragnar Kjartansson

Émois

épisode 5/5

Elisabet Davidsdottir/Courtesy of the artist, Luhring Augustine, New York, and i8 Gallery, Reykjavik. ©DR.

En 2012, Ragnar Kjartansson crée The Visitors. Alors peu connu en dehors de son île, l’Islande, cette œuvre propulse l’artiste – dont les vidéos et performances font la part belle à la musique – sur le devant de la scène artistique mondiale. The Guardian la qualifie même de «Best Artwork of the 21st century» en septembre 2019. Faisant peu de cas de ce genre de classement, mon adoration pour The Visitors m’amène toutefois à croire qu’elle mérite tous les honneurs. Je me souviens encore du choc ressenti lors de ma première rencontre avec ces visiteurs et visiteuses au musée Guggenheim de Bilbao en 2014. Venue pour une autre exposition, c’est pourtant l’œuvre de Kjartansson qui m’a scotchée. Pendant des heures, il m’a été impossible de me détacher de la performance qui ne dure que soixante-quatre minutes (ô bonheur de la diffusion en loop et stress d’un vol retour presque loupé). Rares sont les œuvres vidéo où la bande-son subjugue autant que les images, rares sont les œuvres vidéo qui parlent à vos sentiments plus qu’à votre intellect. Ragnar Kjartansson sait y faire.

© Ragnar Kjartansson. Photo: Katherine Du Tiel

The Visitors, c’est une installation vidéo monumentale à neuf écrans, exposée dans une grande salle plongée dans le noir. Chaque écran donne à voir un·e musicien·ne isolé·e dans pièce, à l’exception d’un couple dans la chambre à coucher et d’un petit groupe sur le perron de la Rokeby Farm. Située dans l’état de New-York, cette bâtisse baroque de quarante-trois pièces – impressionnante et décrépite – sert de décor à l’action. Bien que séparé·e·s (par des murs et des écrans), toutes et tous jouent la même partition où notes et paroles se répètent lentement, inlassablement. Once again I fall into my feminine ways. Cette phrase (parmi d’autres) est empruntée à un poème écrit par Ásidís Sif Gunnarsdóttir, l’ex-femme de Ragnar Kjartansson. Lui, décrit cette chanson énigmatique comme une «feminine nihilistic gospel song». Il la chante et la joue à la guitare en barbotant dans son bain, un autre musicien est installé à un imposant bureau grattant sa basse, participent aussi une accordéoniste, une violoncelliste… Certain·es performeur·ses ne sont d’ailleurs pas des inconnu·es pour les fans de musique islandaise puisque Kjartansson convie ses camarades de Múm et Sigur Rós. Iels parviennent à créer un ensemble puissant et hypnotique, une atmosphère délicate qui vient vous envelopper. The Visitors, c’est une expérience folle, émouvante, profonde, mélancolique, euphorique et partagée. Une célébration de l’amitié, de l’esprit de communauté et du pouvoir de l’art. Vivre cette expérience une fois, c’est avoir inévitablement envie de la répéter… Once again I fall into my feminine ways.


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