RECHERCHER SUR LA POINTE :

Série Recto/Verso
La série Recto Verso part à la rencontre de ces artistes qui exercent un double métier, par plaisir, passion, ou tout simplement pour «sur»vivre.
épisode 12/18
12/18
©Dikave studio.

Sculptrice et maraichère

Grand Angle

épisode 12/18

Formation: Originaire de Savoie, Marion Sehier a étudié le design à Grenoble puis trois années aux Beaux-Arts à Avignon. Ensuite, les Beaux-Arts de Bruxelles, l’Erg, puis une école d’art communale à Saint-Gilles, en horaire décalé.

Dernières créations: 3 pièces exposées à «Nature morte», galerie Melissa Ansel à Forest. Exposition Submerge en juin 2021 au SB34 The Pool à Saint-Gilles, en duo avec Julie Larrouy et curatée par Maud Salembier (LaSpore).

à venir: Exposition Génération Brussels pendant le Brussels Gallery Weekend du 08 au 11 Septembre 2022.

Comment es-tu devenue artiste plasticienne/sculptrice et maraîchère bio?

J’ai d’abord fait une série de «petits» jobs, alimentaires, qui m’ont permis au bout de plusieurs années d’avoir mon atelier à la rue Saint-Bernard.

Je me suis lancée un peu par hasard dans le maraichage bio.

Je me consacrais à mon «vrai» métier seulement le soir et le week-end. Depuis un peu plus d’un an, je me suis lancée un peu par hasard dans le maraichage bio, au sein d’une coopérative agricole à Anderlecht qui possède un terrain d’à peu près deux hectares, sans outils mécaniques et sans pesticides. Aujourd’hui, je me rends compte que ça m’intéresse tout autant que la sculpture.

Y a-t-il un lien entre tes deux métiers?

Ils sont complémentaires et similaires à la fois, dans le processus d’apparition de la forme et dans la manière de procéder. Nous faisons de l’agriculture sur un sol vivant, il faut donc d’abord le comprendre, le maitriser tout en lâchant prise parce qu’il y a des éléments extérieurs impondérables.

Je ne vais pas forcer mon matériau mais plutôt le suivre là où il veut m’emmener…

C’est un peu mon approche avec la sculpture: je ne vais pas forcer mon matériau mais plutôt le suivre là où il veut m’emmener, cela donne des formes assez abstraites et inattendues. Cette surprise par rapport au résultat et le fait d’avoir un processus de création assez lent – je fais des moulages, des choses qui demandent à être séchées, retravaillées – est très similaire à l’agriculture bio et au rythme des temps saisonniers.

Arrives-tu à vivre de ton travail?

Je n’ai pas choisi la facilité, ce sont deux activités très dures financièrement. Pour l’instant, je ne peux pas dire que j’arrive à vivre de mon art, et comme je ne suis encore qu’apprentie maraichère, je ne gagne rien non plus de ce côté-là. J’ai encore de petites allocations de chômage dues à la fin de mon dernier contrat (vendeuse au magasin de peinture Schleiper) mais l’idée serait, à moyen terme, de pouvoir vivre de mes deux métiers!

Comment as-tu vécu le confinement?

Il y avait beaucoup de commandes en maraichage, je ne me suis consacrée pratiquement qu’à ça; c’était physiquement assez dur mais ça m’a permis de combler le manque par rapport à une vie culturelle et sociale assez morne. Dans la première phase du confinement, j’ai cru que je pourrais continuer à travailler à l’atelier comme avant, mais quand il n’y a vraiment plus d’échanges, de dialogue, quand il n’y a personne dans la rue, ça devient très difficile de capter une énergie et de s’y mettre.

Est-ce que le maraichage a changé ta façon de sculpter?

J’ai toujours aimé travailler avec les matières et la lumière naturelles, et ça s’est encore renforcé depuis que je fais du maraichage. Il m’aide aussi à bien me positionner, à m’ancrer dans le sol et à répéter les mêmes gestes.

Submerge (2021), vue d’exposition. ©Silvia Cappellari.
Je reviens à des matériaux très basiques, un peu bruts, comme l’argile ou la pierre…

J’ai appris également à apprivoiser les éléments, comme le vent, la pluie, le froid, etc. Aujourd’hui je ne pourrais plus me passer d’être dehors, en contact avec la nature. Je partage mon temps exactement en deux, je consacre le même temps aux deux activités.
Par ailleurs, je reviens à des matériaux très basiques, un peu bruts, comme l’argile ou la pierre, je fais des sculptures un peu plus organiques, et moins de croquis préparatoires: je me laisse d’abord aller avec la matière et ensuite je prends du recul et j’évalue.

Avec qui travailles-tu à la coopérative agricole?

Il y a beaucoup d’artistes, de musiciens, de gens de théâtre, des anciens politiciens, etc. Beaucoup de personnes en reconversion professionnelle, qui assument d’être un peu dans la «marge», souvent après une carrière plus «traditionnelle». C’est un milieu très ouvert, où règne une grande liberté. C’est très enrichissant de dialoguer avec eux.

Cite un artiste, un objet ou un lieu qui est important pour toi et qui t’accompagne.

Je suis une fan absolue du cinéaste Werner Herzog: sa façon de mêler le reportage et la fiction, ça m’inspire beaucoup. Mes pièces ont un peu un air post-apocalyptique, d’ailleurs. Et j’adore sa façon d’approcher ses sujets de façon sérieuse et légère en même temps. Je regarde souvent ses films.

©Dikave studio.

Pour en savoir plus sur Marion Sehier.


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