RECHERCHER SUR LA POINTE :

L’art face à la violence

Au large

Octobre 2021, Espace Culturel Gambidi, Ouagadougou.

Pour sa 18e édition, le FITMO (Festival International du Théâtre et de la Marionnette) rassemblait artistes et chercheur·euses autour de la question de l’art et de la violence. La question posée était celle des possibilités de l’art face à l’escalade de la violence. Lors de la table ronde, il était dit que l’art est rencontre, invitation à l’échange et, en tant que tel, l’opposé de la violence. Il était dit également qu’ici, la violence, on ne doit pas l’imaginer, elle est partout: comment, dès lors, ne pas la redoubler sur un plateau?

Enfin, le pouvoir de la poésie, de l’imagination était rappelé, ainsi que la pouvoir de l’art de «prendre soin».

Un an plus tard, au festival Les Récréâtrales 2022, les deux spectacles d’ouverture investissent à leur tour ces questions. Ayant pour thème «Faire visage», il s’agit d’affirmer la nécessité de faire face ainsi que le besoin fondamental de voir et d’être vu par l’autre.

Répétition de Une saison au Sahel. ©Daddy Nkuanga Mboko.

Aujourd’hui, au Burkina Faso, ces «autres», ce sont les personnes déplacées internes. L’expression désigne celles et ceux que les attaques terroristes ont forcé à quitter leur domicile et qui, depuis, attendent dans des camps que les choses changent. Un de ces camps se trouve à Kaya, à une centaine de kilomètres de Ouagadougou.

Ce soir, les femmes et quelques jeunes de Kaya sont sur la scène. Dans ce spectacle programmé pendant le festival, intitulé Tu dis PDI, iels interpellent le public sur la manière dont iels sont désigné·es: «PDI», pour faire court: déplacés, fuyards… Le spectacle a été créé à Kaya-même, dans le cadre du projet Terre Ceinte.

Pour cette pièce, inspirée d’un texte de Mohamed Mbougar Sarr et mise en scène par Aristide Tarnagda, les artistes (musiciens, acteurs, plasticiens) ont travaillé avec les populations dans une perspective de reconstitution de l’estime de soi. Les outils culturels et artistiques ont été mobilisés pour trouver des gestes et des mots et recréer ainsi du lien et du sens. Tu dis PDI est le résultat de ces différents ateliers. Dans le plus grand festival d’Afrique de l’Ouest, devant l’ensemble des représentants politiques présents, les médias, les artistes internationaux et les Ouagalais, ces personnes déplacées au sein de leur propre pays se font entendre.

Le second spectacle, Une veillée au Sahel, est également le fruit d’un travail avec des amateur·ices, ici les femmes et les jeunes du quartier Bougsemtenga dans lequel se déroule le festival. C’est par la danse, accompagnée de musique live, que le thème du terrorisme est abordé. Des corps qui tombent, des enfants qui tentent de les soulever, des femmes qui pleurent, des cadavres qui se relèvent et puis la colère devant le nombre de ces morts qui ne cesse d’augmenter. Alors des poings se lèvent. Et les femmes et les jeunes passent de victimes à combattants.

Une Veillée au Sahel de Serge Aimé Coulibaly. Spectacle d’ouverture des Récréâtrales 2022.

À travers ces deux créations, c’est par la rencontre et le souci de l’autre que la question de la violence est traitée. Un dispositif d’échange et de collaboration a permis de faire émerger des formes poétiques et esthétiques. L’observation vaut également pour la scénographie de la rue. Après deux mois de travail intensif, les scénographes chargés de la décoration de cette dernière ont exposé leurs installations.

Une scénographie de rue. ©Daddy Nkuanga Mboko.

En sortant de la cérémonie, les spectateur·ices ont pu poursuivre leur questionnement en observant comment chacune des œuvres interroge à son tour le regard qu’on porte sur l’autre et nous invite à «faire visage» dans tout échange.

Tu dis PDI

Conception et chorégraphie: Djibril Ouattara

Composition de textes: Sinzo Aanza, Emmelyne Octavie, Mohamed Mbougar Sarr et Aristide Tarnagda

Mise en scène: Aristide Tarnagda. Assisté de Vincent W Kaboré et William Sham Weteshe

Dimanche 30 octobre à 20h et lundi 31 octobre à 18h15 à La Villa 39

Une veillée au Sahel (chorégraphie de Serge Aimé Coulibaly). Assistants: Jean Robert Koudogbo-Kiki, Kafando Idrissa Vicky, Djibril Ouattara, Olivier Kiswinsida Gansaoré


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