RECHERCHER SUR LA POINTE :

Limbo©DR.

Limbo. Il pleut des baffes.

En ce moment

En fait, Limbo est bien plus intéressant et moins prévisible. Oui, il y a un flic, un briscard qui a tout vu, mais qui perd son sang-froid et tente d’écrabouiller la gamine qui a occis sa douce et tendre. Oui, il y a un deuxième flic – la recette classique du jeune que l’on apparie avec le vieux. Il est propre sur lui, avant qu’une rage de dents ne vienne tout gâcher. Il y a aussi un tueur en série, qui coupe des mains et massacre des jeunes femmes selon un rituel que l’on ne comprendra que bien plus tard. Il est cradoc, et c’est (évidemment) un Japonais.[1][1] Souvent dans les films de Hong Kong les «pas bons» sont japonais…

S’il y avait un oscar de l’endurance, l’ineffable LIÚ YǍ-SÈ l’emporterait certainement.

Mais surtout, surtout, il y a la «gamine», Wong To, mule et meurtrière accidentelle, et qui passera un sale quart d’heure (ou plutôt de sales 120 minutes) à se prendre des baffes et à se faire massacrer par tous les protagonistes de ce huis-clos à ciel ouvert. S’il y avait un oscar de l’endurance, l’ineffable LIÚ YǍ-SÈ – actrice chinoise de 33 ans qui en fait 18, et qui a déjà derrière elle pas mal de films et séries, mais dont Limbo pourrait être celui qui la fait exister internationalement – longue incise -, l’emporterait certainement. C’est elle qui fait que la sauce prend, et que Limbo séduit. Elle nous emmène dans sa déglingue, dans sa culpabilité, dans sa violence, dans sa fragilité.


Autre personnage-clé de ce polar désespéré, le bidonville hongkongais dans lequel il se déroule.

Écroulement de poubelles, containers puants, décharge effondrée, rebuts et morceaux de cadavres partout, amoncèlement d’ordures, la métaphore du délitement des personnages est rejouée dans le baroque de cette enclave pourrie qui sert de décor et d’arène au combat du mal et du mal, filmé dans un noir et blanc magnifique, qui se prête bien sûr à une stylisation assumée.

Et comme il pleut des hallebardes pendant les 30 dernières minutes de Limbo, nous assistons, haletants, à la liquéfaction finale d’une humanité crépusculaire.

Limbo (智齒, Soi Cheang, 2021)

Plus d’infos ici.


Vous aimerez aussi

«The Ballad of Genesis and Lady Jaye» de Marie Losier. ©DR.

Le cinéma bricolé de Marie Losier

En ce moment
Grâce à la Cinematek et au Centre du Film sur l’Art, j’ai eu la chance de rencontrer la cinéaste Marie Losier, qui développe depuis plus de vingt ans un travail atypique autour de collages d’images et de sons, mêlant librement la réalité et la fiction, l’improvisation et la mise en scène. Ces films sont de délicieux objets non identifiés, profondément touchants et drôles. Une joyeuse ode à la vie.