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Lucile Saada Choquet ©Mathilde Vreven.

Lucile Saada Choquet

Émois

Montréal, fin mai début juin 2022. Lucile Saada Choquet et Salim Djaferi faisaient partie de la vingtaine de jeunes artistes participant aux Rencontres internationales du Festival TransAmériques. Une série d’ateliers, de discussions, d’échanges, un parcours constellé de points de vue singuliers.

«Le partage d’expérience comme un trousseau de clefs», nous résumait alors la jeune performeuse, reprenant la métaphore proposée par l’une des intervenantes du FTA. Quand il s’agit de travailler une matière à visée artistique, chercher LA clef c’est se couper d’une multitude de possibles. «Ce genre d’expérience ouvre sur une boîte à outils où rien n’est à jeter», nous précisait-elle. Où même ajouter les outils qu’on se forge et affûte au fil du temps.

«Jusque dans nos lits» ©Gabriel Maydieu.

Avignon, juillet 2022. Salim Djaferi joue son spectacle Koulounisation au Théâtre des Doms [voir l’article paru en complément sur BELA].

Le partage d’expérience comme un trousseau de clefs…

Lucile Saada Choquet, si elle n’y présente pas sa performance-installation Jusque dans nos lits – jouée quasiment chaque mois depuis son éclosion en mai 2021, programmée il y a quelques jours au Festival au Carré, à Mons, proposée de l’automne à l’été prochain au Théâtre Varia, à Bruxelles –, est la lauréate 2022 du prix Jo Dekmine, décerné par les Doms à un·e artiste de la Fédération Wallonie-Bruxelles afin d’offrir «de la visibilité à ses propositions artistiques émergentes et innovantes» – ceci en mémoire du fondateur et directeur du 140, infatigable tête chercheuse des arts de la scène.

«En tant que femme noire adoptée, j’ai besoin de tuer mon propre racisme», déclare Lucile Saada Choquet, qui se présente également comme performeuse féministe décoloniale.

Que l’enquête historico-linguistique de Salim Djaferi et la démarche de cette artiviste-créatrice trouvent écho dans le même lieu et le même temps dit beaucoup de la nécessité de faire entendre des paroles autres, de décaler les points de vue, de libérer l’écoute à l’égard de réalités absolument là, présentes, ineffaçables et pourtant encore obstinément effacées.

«En tant que femme noire adoptée, j’ai besoin de tuer mon propre racisme»

C’est tout le propos de Lucile Saada Choquet – née à Djibouti, adoptée «par une famille française blanche à la campagne», formée notamment à Arts² –, dont la position décoloniale entend poser un questionnement résolument rageur quant à la place des personnes racisées dans un paysage institutionnel ultramajoritairement blanc.

Tandis qu’en parallèle, afin de déjouer les injonctions du type angry black women, elle postule dans sa performance-installation la primauté de la douceur. Travail de mémoire et de présence, de fouille et de jaillissement, dans une «chambre à soi» dont la porosité invite au partage, pour définir ensemble ce nous inconfortable et indispensable avec lequel, à travers lequel, malgré lequel se situer.

Pour aller plus loin

Lucile Saada Choquet prochainement en entretien sur La Pointe.

Jusque dans nos lits, du 22 au 24 septembre, du 10 au 12 mars, du 22 au 24 juin au Théâtre Varia, Bruxelles.


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