RECHERCHER SUR LA POINTE :

Du 8 au 30 mai 2026 se tient la 31e édition du Kunstenfestivaldesarts. Les plumes de la Pointe s’y aventurent, les sens en éveil, la curiosité en alerte, la subjectivité en bandoulière.
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Le public du Kunstenfestivaldesarts, fidèle, curieux, enthousiaste. Ici lors de l’édition 2025. ©Caroline Lessire

Journal de Kunsten #1

Émois

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Bruxelles, 9 avril 2026

Cher Journal,

Je pensais te dégainer dans un mois, le 8 mai, et pour trois semaines. Mais parfois le cœur décide avant l’esprit. Lourd, le cœur, de voir la culture, l’éducation, le monde associatif passer à l’essoreuse de l’austérité. Des centres culturels aussi actifs et ardents que la Vénerie ou le Brass sont menacés directement dans leur fonctionnement, pourtant essentiel (tellement essentiel, à tellement de niveaux, peut-être un jour je te raconterai) au tissu vivant de leurs quartiers respectifs. Des pans d’activité s’éteignent, des portes se ferment, des emplois vacillent.

«No culture, no future»: tu te souviens? Il y a six ans, dans le brouillard pandémique, on déplorait l’arrêt forcé de ces moments communs si précieux. Comme il y a six ans, il fait presque trop beau pour la saison, les feuilles poussent à vue d’œil, les insectes s’étourdissent de jacinthes et se frottent les pattes devant la glycine en pleine éclosion. Aujourd’hui l’argument sanitaire – tout justifié qu’il ait été alors – est remplacé par l’étranglement systématique de ce qui construit, constitue, consolide la vie citoyenne: se former, se relier, apprendre, inventer, oser penser, créer hors des logiques marchandes.

«No culture, no future»: le slogan ressort régulièrement, et à nouveau ce matin dans les rues, sur les calicots des travailleur·euses de la culture aux côtés des enseignant·es, des étudiant·es, des secteurs de l’aide à la jeunesse et de la petite enfance. Faisant front contre une entreprise de démolition écœurante, injuste, insensée, obtuse.

«No culture, no future»: je ne vais pas te saouler d’un plaidoyer. Tu sais, nous savons qu’aucune vidéo de bébé hippocampe adorable générée par IA, à portée de clic, algorithmiquement programmée pour te gaver d’une douzaine de ses semblables, ne vaudra jamais ce frisson: s’installer dans une salle, découvrir la proposition d’un·e artiste, d’une équipe d’humain·es ayant imaginé, élaboré, douté, réalisé ce qui va prendre vie sous tes yeux, sous toutes ces paires d’yeux réunies autour de l’art. Allez, on dirait que je vais sortir les violons. À tout les coups ça me rend mi-lyrique mi-émotive, cette histoire.

Mais imagine. Dans un mois, le 8 mai, le 31e Kunstenfestivaldesarts sera lancé, avec ses 29 projets artistiques, dont 15 premières mondiales, par des artistes venant de 23 pays différents. Des grands noms de la scène internationale (Angelica Liddell! Romeo Castellucci! Marlene Monteiro Freitas!) et de bien moins connu·es ici. Des arts au pluriel, et souvent entrecroisés. Plus de 20 lieux à travers Bruxelles, des théâtres, des centres d’art mais aussi une piscine ou un parking. Imagine, cher Journal, trois semaines à sillonner la ville, à se laisser captiver, intriguer, bousculer, trois semaines à découvrir, à réfléchir, à débattre, à croiser des habitué·es et à se créer de nouvelles habitudes. Sans masquer tout ce qui gronde et brûle et s’effondre. Sans oublier la douceur que le Kunsten a choisi d’explorer et de célébrer cette année à travers sa Free School: A Soft School – On Malleability.

Hier, le 8 avril, un mois pile avant l’ouverture (et le jour où le Festival d’Avignon dévoilait le programme de sa 80e édition), la billetterie du Kunstenfestivaldesarts aussitôt lancée a été prise d’assaut, la page des réservations saturée. Les chiffres ne disent pas tout, bien sûr, et y résumer tout cet élan serait un leurre. L’enthousiasme, lui, et la curiosité demeurent. «No culture, no future», on n’a pas fini de se le dire, ni de lutter, ni de résister.

Allez, à +


Kunstenfestivaldesarts, Bruxelles, du 8 au 30 mai 2026 – www.kfda.be

La Pointe en parlait déjà lors de son émission mensuelle sur Radio Panik, le 19 mars: La Pointe du jour


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