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Corporate Retreat ©DR

Imposters & Corporate Retreat

Émois

Imposters, de Caleb Phillips, creuse une idée que l’on a souvent eue (moi en tout cas – et vous?): les trajets de vie pourraient-ils littéralement prendre d’autres embranchements en fonction de grandes ou petites décisions? Y a-t-il un monde parallèle où vous êtes devenu·e vétérinaire ou voltigeur·euse, un autre où vous avez succombé aux charmes de cet extravagant animateur du club de surf ou de la prof d’anglais? Bref, est-ce que «ça» bifurque? De là à tirer à pile ou face et s’en remettre au destin pour sonder sa «volonté», il n’y a qu’un pas, que franchit Paul en chaque occasion: rester avec sa femme Marie qu’il n’aime plus, déménager un province et laisser tomber son boulot dans la police après une blessure (pile), puis prendre sa collègue comme maîtresse (pile aussi), après avoir fait un bébé avec Marie (face), s’enfoncer dans la grotte d’où l’enfant, kidnappé pendant leur crémaillère, resurgit miraculeusement – sans la tache de naissance qu’il avait au pied – (face), finalement affronter les futurs divergents (pile, mais on peut tricher). On rêve de Philip K Dick, et on atterrit plutôt chez Netflix un jour de pluie. Les personnages mettent du temps à habiter leur rôle. Et ce sera Marie, interprétée par Jessica Rothe (croisée dans Happy Birthdead en 2017 et pour un second rôle dans La La Land), qui mouillera la chemise, et qui sauvera la mise de ce thriller fantastique. Caleb Phillips avait réalisé deux courts bien cousus: Other Side of the Box et Play Me), deux succès sur Youtube/Alter. Le passage au long métrage se révèle difficile pour le réalisateur que les questions de «possibles alternatifs» semblent passionner. On attend son prochain opus, pour savoir à quel futur il donnera vie.

Un incentive d’entreprise qui tourne mal, on adore a priori. La bande de jeunes techs qui se retrouve pour un week end au vert de teambuilding dans «Corporate Retreat», de Aaron Fisher est une parfaite escouade. Ils sont égoïstes, imbus d’eux-mêmes, crétins, caricaturaux, et on a hâte de les voir se faire dégommer (il n’y a pas de doute à ce sujet, ce ne sera pas du Bergman, tout est clair en 60 secondes de film). Le retour en deus ex machina du vieux CEO allumé, expulsé par les jeunes et très empressé de leur faire découvrir les illuminations d’un paradis new age dans un survival goreux, pourrait créer l’adjuvant d’un mix jubilatoire et enlevé. Bref, le public du Bifff est conquis dès les premières minutes et les mesures d’une super bande-son.

Qu’on abrège leurs souffrances!

Las, la jubilation tourne court, le film choral ne ‘prend pas’, comme une mayonnaise qui reste à l’état de condiments simplement agités dans le bol. Trop de complaisance dans le traitement gore finit par ennuyer. Le jeu très approximatif de certains protagonistes, qui n’ont pas le temps d’installer quoi que ce soit avant de se faire dézinguer, rend le tout ridicule et parfois pénible. Qu’on abrège leurs souffrances!

Le film effleure son sujet. On évoquera a contrario, pour sa charge politique et son humour ravageur, Que les gros salaires lèvent le doigt, un vieux film français de 1982 (!Denys Granier-Deferre), dans lequel le patron (Jean Poiret) humiliait ses «gros salaires» pour déterminer qui serait viré. C’était féroce et autrement plus destructeur, sans devoir les faire s’énucléer avec une cuillère! Oh, by the way, on veut revoir Rosanna Arquette dans un vrai rôle. Vite! Retour au bercail en écoutant Wet Leg (Chaise Longue). Demain, une tranche de Bifff pour 2 films de lundi de Pâques. Pourvu que les cloches nous gâtent!

La très belle Bande annonce du Bifff 2026 

La bande annonce de Imposters  

Et bienvenue dans l’univers de Corporate Retreat



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