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Marama ©DR

Mārama & Vieja Loca

Émois

Pâques! Cette période de l’année funeste pour les foies et les caries, est aussi celle du Retour de la Vengeance du BIFFF. Pour sa 44e édition (oui, 44, comme le Passage du même nom pour les Bifffien·nes blanchi·es sous le harnais), on se retrouve au Palais 10, dans les limbes de la ville… Premier jour, premiers émois.

La file d’attente est clairsemée, mon voisin m’explique qu’il ne pourra voir que 32 films cette année, parce qu’il a deux mémoires à écrire – consacrés au cinéma fantastique et à son public! L’année dernière, il est assez fier de s’être enfilé 38 films, la grande bouffe version horreur. Je croise quelques vieux bifffiens. On ne se connaît pas, mais on se reconnaît. Ils font le calcul: ils ont dû assister à 33 ou 36 Festivals. Et les souvenirs affluent. Le Passage 44 et le Magic Land Theatre, Freddy/Jésus, les Beaux-Arts (on est tous d’accord pour dire qu’il y avait hiatus entre le lieu et le Festival, pas de gènes communs). Et puis, le Palais 10, exil en terre heyselienne – belle salle au milieu de nulle part et trop loin de tout. Le public des courts-métrages, qui faisaient l’ouverture de ce premier samedi, sort de la grande salle. «Il y avait à boire et à manger», verdicte l’un des spectateurs. C’est un peu le principe de la macédoine de courts.

Au programme pour moi, deux films centrés sur des vengeances de femmes!

Mārama est sans doute le premier film gothique Māori. Une histoire savamment orchestrée et souvent complexe de vengeance, qui parvient surtout à retisser les liens avec une culture occultée par la colonisation anglaise. Trois générations de femmes sacrifiées à l’hubris et à la concupiscence des colons tueurs de baleines. Le film met en scène cette mémoire coloniale dans un manoir symbolique à la fin du 19e siècle, exposant l’oppression, la dépossession culturelle et l’appropriation des corps. Il souligne la domination par l’exotisation et le v(i)ol de l’identité māorie.

On gage que «Mārama» vieillira bien dans les mémoires!

Taratoa Stappard, le réalisateur, est né à Aotearoa en Nouvelle-Zélande et vit à Londres. Sa mère est māorie et son père était anglais. Sa mère est la chanteuse d’opéra Hannah Tatana, première diva māorie… Bref, il y a de la projection dans l’air.


Au-delà de la volonté résiliente, le film est d’une beauté magique: les paysages, la lumière (Mārama signifie lune ou lumière), et l’actrice principale, Ariāna Osborne (fille d’un ancien joueur des All Blacks), donnent corps et cœur à un opus que l’on aurait pu craindre un rien trop démonstratif. On pense souvent à Picnic at Hanging Rock, de Peter Weir (1975), qui adressait sur un rythme empreint de mystère la colonisation de l’Australie et la négation des peuples autochtones. On gage que Mārama vieillira bien dans les mémoires!

Changement de registre et de continent, nous voici en Argentine pour Vieja Loca ‘Old Crazy Woman’, le premier film de Martín Mauregui, jusqu’ici scénariste – pour les films de Santiago Mitre, entre autres. Je vous fais le topo: Laura (Agustina Liendo) est sur la route avec sa fille. Elle reçoit un, puis deux, puis trois appels de sa maman Alicia (Carmen Maura – l’égérie d’Almodovar) pour lui demander la recette d’un gâteau. On comprend très vite qu’Alicia n’a plus tous ses couteaux et qu’Alzheimer lui joue des tours. Et comme elle refuse de prendre ses médicaments… Laura se voit contrainte de demander à son ex, Pedro (Daniel Hendler),  de veiller sur Alicia pour la nuit. Et forcément, ça va déraper sévère.

Vieja Loca ©DR

Très vite, Mauregui appuie là où ça fait mal: l’instabilité mentale d’Alicia (qui est terrifiante et sexy et rouée et perdue et drôle, et terrifiante!), les vieux traumatismes bien rangés sous le tapis (et qui ressortent sans prévenir), la vengeance des turpitudes subies sous le joug de son amant et d’autres joyeusetés familiales version toxique. Le film prend alors un virage serré vers quelque chose de franchement oppressant, avec une ambiance où même respirer devient suspect. Avec des petits airs de Misery — sans le côté fan sympa —, on glisse dans une histoire de captivité qui ressemble à un cauchemar qui aurait décidé de s’éterniser. Plus ça avance, plus ça serre, et moins on voit la sortie. Je laisse la soirée et la nuit de samedi, qui culminera avec la projection de African kung fu Nazis II – bum bum! – je ne l’invente pas – qui semble d’emblée mettre la barre du Z au plus haut (ou au plus bas, à vous de juger). On se retrouve demain…

Vieja Loca ©DR

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