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La chorégraphe et danseuse Johana Malédon dans sa création «Dear». ©Christophe Raynaud de Lage | Festival d’Avignon

Vive le sujet: brèves audaces

Au large

Placé sous la bannière «Pluridisciplinaire» du Festival d’Avignon, et très justement sous-titré Tentatives, Vive le sujet! propose à des artistes auteur·ices un terrain d’expérimentation où, avec les complices de leur choix, composer des performances inédites. Six pièces brèves voient ainsi le jour. Au fil du festival, 3 séries formées chacune de 2 propositions scéniques, sont présentées le matin et en fin d’après-midi dans le cocon vert du Jardin de la Vierge du Lycée Saint-Joseph.

Si son nom a mué au fil des ans (Sujet à vif, Vif du sujet, etc.), la formule demeure un point d’accès, pour le public avignonnais, à la découverte de formats brefs et neufs.

Les formes sont courtes (une collaboration jadis avec le Théâtre national et son festival XS avait permis à la compagnie Still Life de présenter ici son inquiétant Frozen, en 2015), les processus parfois en cours, les surprises souvent au rendez-vous. Et l’hybridation presque systématiquement au menu.

Zoé Lakhnati et Claudia Atletica dans Claudia the Virgin. ©Christophe Raynaud de Lage | Festival d’Avignon

Série 1 – Sculpture physique

La série 1 de l’édition 2026 met d’abord en présence la danseuse et chorégraphe Zoé Lakhnati avec l’athlète et culturiste Claudia Atletica, transformée en Claudia the Virgin. La veille et le soin – mais qui veille sur qui? –, la foi et la transformation, la statuaire et l’évanescence habitent leur duo, mythique, mystique et troublant.

La performance dansée fait place ensuite au théâtre burlesque de Nicole Genovese, dans lequel l’absurde d’une rencontre ordinaire croise la prestidigitation. Avec pour complice Sébastien Chassagne, pour «personnage» central La machine à affranchir et pour comparse magicien Quoc Tien Tran, l’autrice, metteuse en scène et actrice conjure le sort: les cordes d’habitude bannies du théâtre deviennent ici l’accessoire central – et mystérieux – d’une intrigue cocasse et contemplative.

La poésie cocasse, mécanique et très humaine de La machine à affranchir. ©Christophe Raynaud de Lage | Festival d’Avignon

Série 2 – Pâtes et parpaings

Au même titre que l’expérimentation, la confrontation des points de vue fait pleinement partie de l’expérience Vive le sujet!

«Comment vous faites avec vos vies? J’aimerais savoir comment exister. Pas juste avoir l’air mais exister vraiment.» Par ces mots, la comédienne Margot Alexandre ouvre des brèches de réflexion. Brèches intimes et politiques. Revenir au monde n’apportera aucune solution définitive – sinon que le risotto parfait prend, entre la première et la dernière louche de bouillon, exactement les 15 minutes du Boléro de Ravel.

Margot Alexandre et Céline Maguet mettent la main à la pâte dans Revenir au monde de Juliette Navis. ©Christophe Raynaud de Lage | Festival d’Avignon

Car c’est en cuisine que nous convie l’actrice et metteuse en scène Juliette Navis, avec aussi la complicité en scène de l’autrice culinaire et restauratrice Céline Maguet. Imaginée comme le contrechamp du repas de My dinner with Andre de Louis Malle, la pièce s’aventure, à mesure que les boules de pâte sont laminées et que la sauce mijote, dans un questionnement kaléidoscopique sur l’existence et ce qui nous y guide, à commencer par le goût.

Johana Malédon est chorégraphe, Felicia Riegel scénographe. Ensemble, entre Paris et Berlin, elles se sont écrit. Ensemble, sur scène à Avignon, elles bâtissent un paysage fait de parpaings agencés, emboîtés, chevauchés, puis encordés, frappés à la masse, pulvérisés. Installation et danse, poésie et puissance se conjuguent dans Dear pour, là aussi, sonder les brèches qui nous fissurent, la vie qui s’y tapit ou s’en écoule, la douceur nécessaire pour contrer, contenir, canaliser les douleurs.

Johana Malédon, Felicia Riegel et les parpaings pulvérisés de Dear. ©Christophe Raynaud de Lage | Festival d’Avignon

Vive le sujet! Tentatives – série 3, avec Laura Vazquez (Premier millimètre, performance + poésie) et MazelFreten (La pensée continuera de danser, danse + philosophie), du 22 au 25 juillet, à 10h30 et 18h, Jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph – au Festival d’Avignon, avec la SACD.


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