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Michael De Cock en performeur dans «Paris & Miki», actuellement en français à Avignon. ©Maruszak

Paris & Miki, pari réussi

Au large

Le timing est aussi précis que singulier: au cœur du bouillonnement d’Avignon – et dans un des lieux phares du Off: la Manufacture, connue entre autres pour ses accointances belges –, le futur ex-directeur du KVS (Dries Douibi, ex-KFDA, lui succède à partir de septembre) et bientôt directeur du Théâtre de Liège (il succède à Serge Rangoni) fait face au public. Un public diversement outillé en matière de références face à cet opus résolument belge, constellé de citations, d’inspirations, d’émotions.

Tout part d’une campagne orchestrée il y a plus de trente ans par la ville d’Anvers, briguant le titre de capitale culturelle européenne en 1993. Le petit «Joueur de fifre» de Manet (en parallèle avec un détail du «Roi boit» de Jordaens) occupe une partie de l’affiche, barrée par ailleurs d’une question frontale et vertigineuse: l’art peut-il sauver le monde?

Une série d’images ponctue le spectacle, dont l’un des visuels de la campagne d’Antwerpen 93. ©Maruszak

S’en servant comme fil rouge, Michael De Cock y accroche les mousquetons d’une réflexion profuse. S’y mêlent son parcours personnel – son obsession pour cette question, les concerts qu’il vit adolescent, l’institution qu’il dirige, la poésie qui le nourrit, les lieux qu’il visite… –, les figures de l’histoire de l’art et la pop culture, convoquée à la faveur d’une rencontre aussi anecdotique qu’extraordinaire en backstage de Tomorrowland.

Paris, ici, n’évoque pas la ville-lumière mais l’héritière de l’empire Hilton, de passage à l’immense festival techno de la région anversoise, y croisant Michael qu’elle surnomme bientôt Miki. Celui-ci l’emmène via l’A12 visiter l’endroit pas banal où il travaille: le majestueux Théâtre royal flamand (la mention de «royal», souligne-t-il, fait toujours son petit effet), de la cave aux combles. Un costume d’époque et d’autres rencontres inattendues compléteront le tableau.

Torse d’Apollon et porte-clef strassé

Farouche défenseur du renouvellement des formes et des répertoires – ce qu’il prône et pratique tant comme directeur de théâtre que comme artiste –, Michael De Cock applique ici son credo par le biais de la digression. Paris & Miki nous entraîne ainsi sur une piste caillouteuse, pleine de virages et de rebondissements, où surgissent tour à tour le torse archaïque d’Apollon et un porte-clef strassé aux initiales de Paris Hilton, où l’on cite ici Eurythmics et là Stefan Zweig, où l’on contemple le Pacifique depuis le lit de Pablo Neruda dans sa Casa Isla Negra, au Chili, où l’on se creuse la mémoire en quête de poèmes appris par cœur, où Gainsbourg s’invite sans crier gare (merci mais non merci, vraiment, sans façon), où l’on communie avec la mémoire de feue Bonnie Tyler et son «rage against the dying of the light», l’un des gimmicks du spectacle.

L’affiche de Rock Werchter 1987, la bande-son d’une génération. ©Maruszak

L’art peut-il sauver le monde? La parenthèse avignonnaise, bulle fervente quoique caniculaire, donne envie d’y croire – en dépit des réformes menées par l’État belge quant au sort des travailleur·euses des arts et à leur retraite honteusement rabotée. Le performeur-décideur Michael De Cock, lui, sans esquiver la question axiale de sa création, y répond par le pouvoir de l’imaginaire. Avec pour effet secondaire de nous permettre de cerner davantage sa personnalité d’homme de théâtre. Et si, comme il le dit, «l’art c’est être soustrait·e un bref instant de l’ici et maintenant anecdotique», l’anecdote – authentique ou fictive, quelle importance? – irrigue le sentier qui serpente entre scène et salle d’un shoot de belgitude bien transversale.


Paris & Miki, en français, jusqu’au 21 juillet, à 19h20, à la Manufacture, Avignon (où se joue aussi En finir avec Eddy Bellegueule, adaptation du texte d’Édouard Louis par Jessica Gazon).
Ensuite du 12 au 15 janvier 2027 au Théâtre de Liège. Et du 2 au 4 avril au Théâtre du Rond-Point, à Paris.


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