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L’autrice Sandrine Goeyvaerts et ses deux livres parus en 2026. «Je crois que la DA est extrêmement claire maintenant», dit-elle dans le post épinglé sur son compte BlueSky. ©DR

Cabale & Manuel

En ce moment

Opération valise ou encore besace à trimballer au boulot? dans un cas comme dans l’autre, un doublé de livres peut s’y glisser. Signés par la même autrice, et sortis tous les deux cette année. C’est dire si la dame est productive.

La dame en question, c’est Sandrine Goeyvaerts – on peut imaginer les sueurs froides à l’idée de s’aventurer à prononcer ce nom si belge dans la France voisine. Et pourtant là, au festival Quais du Polar, à Lyon, elle a fait sensation avec un opus sold out en moins de deux jours et le label «Pépite des Quais». Mais faisons connaissance.

Vivant en région liégeoise, Sandrine Goeyvaerts est sommelière (primée!), caviste, blogueuse, militante, cofondatrice de l’association Women Do Wine (une sorte d’équivalent pour le vin de Elles font des films). Elle est autrice de nombreux articles et de plusieurs ouvrages sur le monde du vin, dont Jamais en carafe (Hachette, 2016), et chez Nouriturfu Vigneronnes, Manifeste pour un vin inclusif ou encore Cher Pinard (sous-titré «Un goût de révolution dans nos canons»).

La couverture de CABALE, des serpents noirs aux yeux jaunes et langues rouges, le tout sur fond bleu roy.
© BlackLab

Et puis hop: un roman. Le premier et, on l’espère, pas le dernier. Un polar, intitulé Cabale. Du nom de la société secrète qu’ont forgée des femmes de tous horizons, réunies par une idée en somme simple: puisque «laisser faire la justice», de toute évidence, suffit rarement, elles s’organisent pour que la peur change de camp. Et donc élaborent, pour les auteurs de violences sexistes et sexuelles, des punitions proportionnelles aux dommages infligés. «Partout où ils seront, elles frapperont», annonce la couverture.

Cinq pseudonymes, une devise

Elles ont des pseudonymes en lien avec leur tempérament (Exorde, Protocole, Ataraxie, Rigor et Thémis) et une devise commune (empruntée à Virgile dans L’Énéide): «Furor arma ministrat», la fureur fournit les armes. Il y a là-dessous de la Méduse, cette gorgone à la chevelure de serpents et dont le regard pétrifie les hommes qui osent la défier. Et bien sûr, en parallèle, Alice, une policière qui mène l’enquête au départ d’une première mort suspecte: un chanteur sur le retour, découvert dans une chambre d’hôtel.

L’écriture est précise, à la fois piquante et enveloppante. Son sens du rythme et de la typologie des personnages crée des images au point de nous faire rêver de voir Cabale se muer en film, voire en série. En attendant, on se rue sur cette haletante et excellente lecture de vacances – ou de n’importe quand.

Travaux pratiques

En bonus, recommandons la dégustation de son Manuel d’économie ménagère et domestique à l’attention des féministes, tout récemment paru aux éditions Daronnes. Ce petit ouvrage, signé Sandrine Goeyvaerts et illustré par Lubna Le Bail, est évidemment inspiré des guides de bonnes manières et autres précis de bienséance, évidemment détourné, décalé, plein de bon sens ET de satire ET d’irrévérence ET d’exercices pratiques pour – en somme et sans façon – se débarrasser des nuisibles hommes, dans une perspective écologique et anticapitaliste.

Drôle, radical, efficace, et doté d’une couverture toute douce, où d’apparemment sages fillettes confectionnent avec application des cocktails redoutables.

La couverture du Manuel d'économie ménagère et domestique à l'attention des féministes, deux fillettes à col claudine fabriquent des cocktails molotov
© Éditions Daronnes

Cabale, Sandrine Goeyvarts, BlackLab, 255 pp., 21,90 €

Manuel d’économie ménagère et domestique à l’attention des féministes, Sandrine Goeyvaerts, illustrations et couverture Lubna Le Bail, éd. Daronnes, 94 pp., 15 €

Cette chronique a également fait l’objet d’une recommandation dans notre émission La Pointe du jour du 18 juin, sur Radio Panik.


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