RECHERCHER SUR LA POINTE :

L’Extraordinaire voyage de Mr. Jack ©DR

L’Extraordinaire voyage de Mr. Jack

En ce moment

Il est né Jack, il y a 20 ans. Un enfant né d’amour. Très vite, sa maman repère que certains spasmes du bambin sont inquiétants. Elle est psychologue et travaille dans un hôpital psychiatrique… les signes sont de mauvais augure. Le diagnostic tombe vite: Jack a une déficience du cerveau, accompagnée de crises d’épilepsie. Sarah Moon Howe va documenter leur vie commune à travers plusieurs films, En cas de dépressurisation en 2009, puis Le Complexe du Kangourou (2014). Une mère en solo et son fils, un quotidien qui – forcément – tourne autour de Jack, dont le soin occupe tout l’espace, tout le cœur, toutes les pensées. Parfois trop. 

Comment concevoir et dire la joie, la peine, l’angoisse, les bonheurs et les rires, les paniques, ou l’épuisement, les tristesses, mais aussi les fantaisies, l’amour, les rires, les chamailleries; les moments de profond désespoir, les larmes, les envies de ne plus, et puis les chants, les danses, l’humour, la liberté absolue, mais l’étouffement de la vie d’une femme, et l’éclosion d’une complicité infinie, la dérision… Cette double vie symbiotique, magique et effrayante tour à tour.
Les films sont là pour mettre des images, touchantes et belles, et des mots, bouleversants et profonds. Pour prendre un peu de distance parfois, pour ne pas sombrer, pour interpeller aussi.

©DR

Le rêve de Jack, aujourd’hui jeune adulte étonnant et en décalage parfait avec le réel, c’est d’aller à Paris en tandem pour y dormir au palace George V. Le rêve de Sarah, c’est de lui faire plaisir et de sortir d’un quotidien qui piétine dans des rituels sans fin. Les voilà donc en piste sur un double vélo improbable, à la découverte du monde et d’eux-mêmes. Plus de 420 kilomètres en cuistax/double vélo d’un récit picaresque le long des voies fluviales, au milieu d’une Belgique et d’une France de petits patelins et d’accueils chaleureux. 

Être là, dans la marge du monde, permet aussi de ne pas s’y plier tout à fait.

Au rythme des escales, de la météo, des rencontres amicales, des petits cirques aux frêles chapiteaux et de détours médicaux, le duo rit, souffre dans les côtes, danse, se dispute, mais surtout fait l’expérience d’une liberté inouïe et inattendue. Être là, dans la marge du monde, permet aussi de ne pas s’y plier tout à fait, d’inventer des modes de relation aux autres parfaitement créatifs, drôles, loufoques parfois.

Le film fait la part belle à ces relations d’amour au quotidien, leur poésie, l’humour, le charme. Tout n’est pas rose pourtant, et nous ne sommes pas dans une bluette. L’Extraordinaire Voyage ne sombre pas dans l’apitoiement larmoyant – on voit ce que les hollywoodiens en auraient fait pour glaner quelqu’Oscar – malgré les «arrêts maladie» ou les terreurs nocturnes. Il n’élude pas la fatigue, l’angoisse, l’anxiété, la vie d’avant, celle qui était rythmée par une séquence folle de répétition de fêtes (Un jour sans fin, version cauchemar).  

©DR

La dérive joyeuse des deux cyclistes réussit l’exploit d’un portrait d’humanité qui transcende les limites de la case «documentaire».  Le film est très créatif visuellement, et oscille sans cesse entre réalisme magique, témoignage subtil, fable et portrait de femme magnifique. Jack est incroyable, il capte la caméra et (se) joue de son personnage, dans une chorégraphie délicate et très émouvante. Sarah Moon Howe est forte et touchante et humaine et belle.

L’Extraordinaire voyage de Mr. Jack, le dernier film de Sarah Moon Howe fait l’ouverture ce 26 mars 2026 du Festival Millenium, dédié au documentaire. Ça se passe à l’Eldorado/UGC de Brouckère à 19h30, et ce serait vraiment dommage d’avoir autre chose à faire ce soir-là.

___

L’Extraordinaire voyage de Mister Jack

Le 26 mars, à l’UGC De Brouckère, dans le Grand Eldorado, à 19h30, en présence de Jack et de Sarah Moon Howe

Documentaire 2025 – Belgique. Écrit et Réalisé par Sarah Moon Howe 

La bande annonce

Le site du Festival Millenium.

Synopsis des deux premiers films consacrés à Jack par la réalisatrice Sarah Moon Howe
(sur le site Film Doc)

2014: Le Complexe du kangourou
Élever un enfant handicapé est toujours un chamboulement pour les parents. Élever seul un enfant dans cette situation est une épreuve bien plus grande encore. Comment gérer le fragile équilibre entre le besoin de le protéger et le désir de le voir s’autonomiser le plus possible en dehors de la poche familiale? D’où le titre de ce documentaire. «Quand un bébé kangourou atteint une certaine maturité, il quitte la poche de sa mère pour découvrir le monde. Avoir un enfant handicapé c’est faire l’expérience d’un corps à corps sans frontière», explique Sarah Moon Howe. Comme si le petit grandissait dans une poche devenue trop étroite.

2009: En cas de dépressurisation
Comment tenir le coup suite à l’annonce du handicap de son enfant? Cette nouvelle est comme un raz-de-marée, quelque chose qui vous fait vous vider de votre sang. Tout ce qu’on a rêvé éclate face à ce drame qui s’empare de votre vie. Et puis, très vite, c’est autre chose qui prend le relais. «Pour rester vivante, j’ai filmé au quotidien ce que je vivais avec mon fils et je suis partie en tournée avec une troupe de danseuses quelques jours par mois pendant deux ans. Si je voulais aider mon petit, je devais aussi penser à moi.» C’est d’abord aux parents que les hôtesses de l’air conseillent de placer le masque à oxygène en cas de dépressurisation, et puis sur leurs enfants.


Vous aimerez aussi

Yasmine Yahiatène (à l’avant-plan) et les quatre participantes de l’installation «Les châteaux de mes tantes », à découvrir à l’Espace Magh. ©Pauline Vanden Neste

Les châteaux de mes tantes

En ce moment
Sandrine Bergot, artiste, créatrice, cofondatrice en 2007 du Collectif Mensuel, prendra le 1er septembre la direction du Théâtre des Doms, vitrine de la création belge francophone à Avignon. ©Barbara Buchmann-Cotterot

Sandrine Bergot, cap sur les Doms

Grand Angle
Spectacle: DISCOFOOT , Chorégraphie: Petter Jacobsson et Thomas Caley. Avec les 24 danseurs du CCN – Ballet de Lorraine, un arbitre et trois juges artistiques DJ: Ben Unzip, Dans le cadre du Festival Montpellier Danse, Lieu: Place de la Comédie, Montpellier , le 30/06/2024

Discofoot, Roller Derviches et leçons tout public

Au large
À gauche, Daniel Blanga-Gubbay et Dries Douibi, codirecteurs artistiques du Kunstenfestivaldesarts à Bruxelles, et, à droite, Jessie Mill et Martine Dennewald, nouvelles codirectrices artistiques du Festival TransAmériques (FTA) à Montréal | © Bea Borgers et Hamza Abouelouafaa

Diriger un festival: à deux, c’est mieux

Grand Angle