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The Forbidden City ©PiperPlay

The Forbidden city

Émois

La Città Proibita, qui donne son titre original au film de Gabriele Mainetti, est un restaurant chinois adossé à un tripot/maison de plaisir/repaire de mafieux chinois, sous la redoutable poigne de Mr Wang, et situé au cœur du quartier populeux Esquilin, à Rome. Un beau jour, ou peut-être une nuit, Wang et ses sbires voient débarquer dans leur cuisine une gracile jeune Chinoise en furie, Mei, qui met une très sévère et chorégraphique pâtée à une brochette de hideux sino-séides! Et quelle scène époustouflante! Le public du Bifff est debout sur les fauteuils! Le spectre de Chuck (mais oui, bien sûr) sourit d’aise, et on se dit qu’on a bien fait de ne pas troquer cet opus secouant contre une quelconque soirée Netflix.

Flashback: Gabriele Mainetti n’est pas un bras cassé. Acteur, compositeur, scénariste et réalisateur de courts et longs métrages remarqués dans les festivals, il est coutumier des films de genre. They call me Jeeg, son premier film (2015) se vit récompensé et marque la rencontre du Manga et de l’univers italien, déjà. 

Dans La Città Proibita, c’est Yaxi Liu qui incarne Mei et porte le film – avec grâce et force – par une interprétation physique et tendue, où chaque geste traduit à la fois la violence apprise et la fragilité d’une quête intime (elle est à Rome pour venger sa sœur, Yun, on le découvre bien vite). Liu a une carrière de doublure et de cascadeuse, et un tombereau de rôles combatifs au compteur. Elle n’est pas tout à fait inconnue par ici, puisqu’elle incarnait Mulan dans la version «live» de 2020.

Mais The Forbidden City n’est pas un remake d’Un justicier dans la ville, et Yaxi Liu n’erre pas seule dans Rome comme Bronson dans New York. C’est aussi une vraie romance, mais oui. En face d’elle, on trouve Marcello (of course!), interprété par Enrico Borello, un acteur romain que l’on commence à voir pas mal, et qui évoque Adriano Celentano jeune. Marcello est cuisinier dans la trattoria familiale où, peut-être, sans doute, enfin cela reste à voir, la sœurette Yun aurait eu maille à partir avec Annibale, un vieux mafieux à deux sous du coin – extraordinaire Marco Giallini, concentré des mafieux hâbleurs, veules et scorsesiens en diable! Entre les futurs tourtereaux, tout commence par… une solide beigne que Mei administre à Marcello, et se poursuivra par l’échange improbable et cocasse des cuisines italiennes et chinoises! 

Créer ce «clash culturel» entre l’Italie et la Chine permet à Mainetti de revitaliser le cinéma de genre italien.

Créer ce «clash culturel» entre l’Italie et la Chine permet à Mainetti de revitaliser le cinéma de genre italien, en intégrant des codes venus d’ailleurs, ici ceux du Kung-fu, pour dynamiser les conventions. «The Forbidden City» explore aussi comment Rome transforme les étrangers. Il place une héroïne de la Chine rurale au cœur du milieu urbain et criminel romain, notamment autour de la Piazza Vittorio, le cœur multiculturel de la capitale italienne, générant un télescopage visuel et narratif.

Le film de Mainetti est empreint d’influences croisées: le Western spaghetti, bien entendu (et on songe à Leone, pour la structure très écrite du film et le jeu avec le temps de la narration), ou les classiques d’arts martiaux de Bruce Lee, et le Carpenter Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin… Bref, Mainetti a vu ses classiques, et la complicité avec le public du Bifff naît aussi de cet ancrage dans un cinéma populaire bien torché, aux scénarios moins simplistes que la plupart des films du Bifff de cette année, et à l’interprétation fine.

La Città Proibita incarne cette fusion, mêlant l’esthétique néon du cinéma d’action asiatique aux textures brutes de Rome. Le film alternera avec bonheur et habileté les combats chorégraphiés magnifiques et exaltants (Tarantino devrait adorer), et des moments authentiques de comédie romaine ou des allusions aux «classiques» (oui, Vacances Romaines et le tour de Rome nocturne en scooter, ou Roma du Maître Fellini, qui est partout convoqué dès que Rome est mise en scène). 

Bien sûr, les esprits chagrins se demanderont sans doute ce que ce film fait au Bifff (pas de revenants, pas de fantastique…). Mais on serait mesquins de bouder son plaisir, et The Forbidden City donne envie d’essayer les nouilles chinoises alla norma, ou les papardelle à la pékinoise!

La très belle Bande annonce du Bifff 2026 

La bande annonce de The Forbidden City

L’équipe de La Pointe se retrouve en studio, chaque 3e jeudi du mois, pour une heure de conversation et d’élans culturels sur Radio Panik. Dans son émission du 19 mars, La Pointe du Jour évoquait entre autres sujets et coups de cœur le festival Millenium et le BIFFF.


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