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«Relic» de Natalie Erika James ©DR

Deuil à toute heure!

En ce moment

Et je découvre avec bonheur un Festival dont la programmation s’apparente volontiers à de la curation, et dont le propos, en dehors du plaisir de trembler et de rire ensemble, est aussi de provoquer une réflexion sur des thématiques très humaines. La mort donc, pour ouvrir le bal de cette danse macabre. Joie!

Trois films, trois premiers films, explorent les méandres de l’âme au moment de perdre ceux qu’on aime. Le très beau – et assez effrayant – Relic de Natalie Erika James est centré sur un trio de femmes, grand-mère, mère et fille, Edna, Kay et Sam. Une matrilinéarité qui sera sérieusement éprouvée par la disparition, puis la décrépitude de la grand-mère, dont l’esprit et le corps partent en capilotade, et l’impact sur la maison où elle vit, seule, au milieu des bois bien entendu.

La réalisatrice construit un récit d’épouvante dans cette maison qui pourrit, aux couloirs qui rétrécissent et aux plafonds mouvants (on pense à la Maison des Feuilles de Danielewski). Une présence puissante habite les lieux. À moins que ce ne soit simplement la mort qui ronge l’esprit de l’aïeule. La force du film se joue dans l’étirement du temps et des lieux, mais surtout dans l’interprétation des trois femmes et dans la surprenante tendresse qui ressort de ces prémices macabres. Quand l’épouvante rencontre le deuil familial…

Relic de Natalie Erika James ©DR

Pour son premier long métrage de fiction, le scénariste et réalisateur de documentaires musicaux Dylan Southern nous emmène loin: dans The Thing with Feathers, adapté d’un court roman de Max Porter, Benedict Cumberbatch est «dad», un père qui tente, plutôt très mal que bien, de faire face à la mort de sa femme, et de ne pas sombrer avec ses deux fils. Le deuil est insupportable, broie littéralement le personnage, et prend la forme d’un grand corbeau noir, véritable oiseau de malheur. On s’agace un peu au début des clichés de «l’homme qui ne sait même pas faire une lessive, ni où se trouvent les bols dans la cuisine», mais on est vite subjugué par ce conte triste, rythmé et puissant. On pense souvent à Mister Babadook, de Jennifer Kent qui, en 2014 donnait vie à un monstre ailé pour personnifier l’angoisse et le deuil. The Thing with Feathers est avant tout un film intimiste, centré sur la douleur du père et des enfants (superbes Richard et Henry Boxall). Le «travail du deuil» cher à Sigmund est disséqué avec émotion et poésie.

The Thing with Feathers de Dylan Southern, 2025 mk2 Films ©DR

Et puis, tant qu’à faire de mourir, pourquoi ne pas devenir un fantôme utile? Dans A Useful Ghost, Nat meurt d’une maladie respiratoire due à la pollution, et revient, sous forme d’aspirateur (!), pour consoler l’amour de sa vie. Leur lien renaît illico et l’amour règne, au grand dam de la famille et de la société tout entière! Le thaïlandais Ratchapoom Boonbunchachoke, attaque fort pour son premier long métrage. Le soin de la mise en scène (quelque chose de Wes Anderson), le montage qui se joue des séries télé ‘magiques’, un sens de l’humour parfaitement absurde, n’est-il pas, et un propos politique et sociétal acide font un cocktail très (très) surprenant, souvent hilarant, et assez dévastateur. Une pépite! Le Prix Ami Paris de la Semaine de la Critique à Cannes 2025 ne s’y est pas trompé. Un cinéaste est né, et son premier film est un must absolu!

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Relic, de Natalie Erica James (2020) avec Emily Mortimer, Robyn Nevin & Bella Heathcote

The Thing with feathers (2025) de Dylan Southern, avec Benedict Cumberbatch, Richard et Henry Boxall.


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