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Francesco Nchikala @Steven Sussman

Autour de Together for Congo

Grand Angle

Emilie Garcia GuillenRaïssa, tu es à l’origine de Together for Congo, qui aura lieu le samedi 25 avril aux Halles de Schaerbeek, dont tu co-organises la seconde édition. Pourrais-tu me parler de la genèse de cet événement?

Raïssa Yowali J’y pense en 2024: on est en plein génocide à Gaza, je vois des initiatives un peu partout à Bruxelles autour de la Palestine et de mon côté, il y a vraiment une envie de montrer ma solidarité. Mais je me dis «c’est bizarre, on ne parle pas du Congo, jamais», alors qu’il s’y passe exactement la même chose.

Performeuse, journaliste, poétesse, autrice, Raïssa Yowali est l’organisatrice de l’événement caritatif Together for Congo. ©DR

C’est-à-dire?

Au Congo, c’est très compliqué: tout au long des plus de trente ans de conflits, les acteurs et les alliances ont changé assez régulièrement, au point que moi-même, originaire de là, je n’arrive pas à suivre.

Tu étais active dans des organisations liées à ce qui se passe au Congo aujourd’hui?

Avant, non. J’ai beaucoup fait dans mon coin. Mais je crois, comme c’est le cas dans beaucoup de familles de la diaspora, qu’au début les choses sont assez simplistes. Tout petite déjà, tu sais que le Congo et le Rwanda sont en conflit, mais tu ne comprends pas les ressorts de tout ça.

Ras Sankara

Et comment t’es-tu mise à te renseigner, à lire des choses, à beaucoup mieux t’informer sur le conflit?

Durant ma vingtaine, pendant sept ans, je ne suis plus allée au Congo. Et avat cela, quand j’y allais, c’était à Kinshasa. Les personnes qui viennent de l’Est, quand elles arrivent à la capitale, se disent: «tout le monde s’en fout de nous, qui sommes à l’Est.» Ces deux dernières années ici, je commence un peu à lire sur le conflit, à essayer de comprendre. Quand on dit que le Congo et les Rwandais ne s’entendent pas, je nuancerais en disant qu’il y a un souci avec le régime de Paul Kagame, qui est un dictateur. Mais qu’est-ce que ça induit exactement, quelles sont les causes?
Tout ça, ce sont des choses que tu dois aller chercher par toi-même.
Il y a quand même, au Congo, une vraie méfiance du Rwandais, qui s’exprime de plein de façons différentes. Le Rwandais, c’est un peu l’étranger. Ça ne se justifie pas, mais ça s’explique par le fait que dans les années 1990, Kabila s’est appuyé sur l’armée rwandaise pour pouvoir arriver jusqu’à Kinshasa et prendre le pouvoir. Plusieurs Rwandais, mais surtout du FPR, le parti de Paul Kagame, ont été dans les instances dirigeantes de l’armée congolaise.

C’est intéressant, parce que dès que tu te plonges dans une histoire, tu te rends compte que les choses sont complexes et qu’on ne peut plus seulement définir des camps de manière extrêmement figée.

Ça venait aussi heurter des convictions antiracistes. Tu te dis: «mais en fait, je suis antiraciste, et les Rwandais, ce sont des personnes noires en Belgique», donc c’est très particulier. Et ça venait aussi heurter un idéal panafricain: est-ce que je peux être panafricaine alors que mon pays est agressé par ses voisins? Ça veut dire quoi l’unité et l’identité africaine quand ce n’est pas pacifié? Je suis pour l’idéal panafricain mais en même temps, on a des frontières qui sont menacées constamment: ça vient frotter à certains endroits.

E’Ville 58, Festival Factory
Ça venait aussi heurter à la fois des convictions antiracistes et un idéal panafricain. Ça veut dire quoi l’unité et l’identité africaine quand ce n’est pas pacifié?

Quand tu écoutes des militants du mouvement citoyen la Lucha (lutte pour le changement), dont une des figures était Luc Nkulula, ce sont des gens qui remettaient beaucoup en question l’autorité congolaise sous Kabila et maintenant sous Tshisekedi. On les a souvent accusés d’être des traîtres, mais en réalité, je crois qu’ils remettent en question de manière générale l’oppression. C’est la complexité de ce truc-là: si vous critiquez le gouvernement au Congo, on va dire que vous êtes des traîtres, et également que vous êtes des Rwandais. Les personnes qui sont en première ligne, les gens de la Lucha ont dû partir de Goma. Ce sont des personnes qui sont potentiellement fichées, qui ne peuvent pas aller à Kigali. Mais quand tu les écoutes parler, elles te disent: «mais nous, à l’est du Congo, on vit constamment avec nos voisins. Il y a des échanges, du commerce».
Elles te donnent une autre réalité. Il y a vraiment un truc très figé et très binaire: «les Rwandais, les Congolais, on est ennemis, on ne s’entend pas, etc.». Et c’est aussi exploité par des formes de nationalisme, parce que les problèmes de fond ne sont pas traités. Dans la diaspora, c’est pareil: on va faire des amalgames entre la population rwandaise et le régime. Alors que quand on parle des Rwandais, il y a trois ethnies là-bas, et deux communautés qui ne se parlent quasiment pas, qui vivent à Bruxelles, mais dans des univers complètement parallèles. Et donc mettre tout le monde dans le même panier, c’est un peu compliqué, parce que l’histoire est complexe.

Est-ce que de ton côté, il y a eu un moment particulièrement déclencheur de ta prise de conscience?

Quand il y a eu la prise de Goma en janvier 2025, donc une recrudescence des violences. Le M23 avait déjà avancé sur les territoires dès 2024, donc ça ne s’est pas fait du jour au lendemain. Mais en janvier 2025, c’est la première fois que je ressens profondément un sentiment d’injustice et d’impuissance. Ça me met dans une colère folle. En tant que personne de la diaspora, il y a toujours un peu cette idée du retour, surtout avec la montée des fascismes, et tu te dis: «mais dans quel pays je vais retourner, si ce pays, on me le prend?»

En tant que personne de la diaspora, il y a toujours un peu cette idée du retour.

En tout cas, moi, c’est la pensée que j’ai. S’il n’y a plus de pays, plus d’endroit où rentrer, je me retrouve coincée en tant que personne racisée dans des sociétés blanches, où on me dit que je ne peux pas rester… Enfin, ce n’est pas moi personnellement, mais ce sont des discours ambiants. Les personnes qui me ressemblent ne sont pas les bienvenues. Un territoire s’efface. Donc oui, il y a vraiment une détresse qui est née en 2025.

Et l’envie de faire quelque chose est venue à ce moment-là?

Déjà en 2024, j’interrogeais des amis autour de moi dans les milieux de gauche, militants, des artistes, et ça me mettait mal à l’aise de me dire qu’on est dans un pays qui a colonisé le Congo et qu’on n’en parle pas. Ou alors, quand on en parle, c’est vraiment entre nous, dans des bulles. Les personnes congolaises que je fréquente, ce sont des amis, via des milieux artistiques. On parle beaucoup d’antiracisme, de décolonialité, etc. Mais je crois qu’on n’a jamais vraiment abordé la politique et la situation au Congo. Donc ça, c’était le début: dire qu’il il faut absolument commencer à parler du Congo, mettre le Congo sur la carte. Également au niveau culturel, parce que j’avais l’impression que c’était là que les choses se jouaient. Je faisais le parallèle avec le Rwanda: si on a entendu parler du génocide rwandais, c’est parce qu’il y a eu des films dessus, des pièces de théâtre… Les gens ont été sensibilisés pendant trente ans à ça, et donc, les gens savent. Et je me dis, si on fait la même chose avec le Congo, les gens finiront par comprendre et savoir. Je voulais faire des arpentages, commencer à m’inscrire dans une dynamique à la fois intellectuelle et artistique, parce que je me sentais plus légitime là-dedans. En janvier 2025, je me rends compte de tout ce qui est possible, de tout ce qui existe autour du Congo.

Nganju Mutiri par MICHIEL DEVIJVER ©DR

Peux-tu me parler un peu de cette dynamique que tu découvres?

Je découvre tous les collectifs qui sont vraiment sur cette question précise de la guerre à l’Est: Free Congo qui organise des manifestations, l’AFEDE… Il y a aussi Joy Slam qui n’est pas du tout congolaise mais belgo-burundaise, et qui fait des vidéos où elle invite plusieurs personnes à lire des poèmes d’artistes de l’Est pour récolter des fonds.

Chez moi il y a un peu cette obsession: créer des ponts. Ça ne peut pas être deux univers parallèles.

En parallèle, il y a l’envie personnelle de mieux comprendre et celle de soutenir des collectifs déjà existants. CDes rencontres qui t’amènent à d’autres rencontres, et qui font que, tu te rends compte de l’ampleur de ton ignorance. En dehors de ces collectifs, je me dis qu’il manque quand même un aspect culturel, même si j’avais déjà participé à des projections, par exemple, le dernier film de Thierry Michel, L’Empire du silence, par un collectif antiraciste. La salle était remplie. Je me suis dit: «il y a vraiment une communauté qui est là et qui a des questions à poser».
Même chose avec l’événement de Dada Kahindo où j’ai été invitée pour assurer la modération. Tu entends dans les discours des Congolais: on est en guerre, on est blessé, et personne n’en parle. Et en même temps, ces milieux-là n’ont pas accès aux institutions, aux scènes. Je crois que chez moi il y avait un peu cette obsession-là: me dire qu’il faut créer des ponts entre les deux, que ça ne peut pas être deux univers parallèles.

Tu parles de l’engagement sur ces questions politiques et de l’engagement artistique: comment tout cela s’est rejoint autour de l’événement Together for Congo?

Je me disais un peu naïvement: on va rassembler toutes les personnes qui font des choses. C’était aussi l’envie de montrer au public, que Together for Congo est un événement annuel et ponctuel, mais qu’en dehors de ça, il y a des gens qui continuent à organiser des événements tout au long de l’année. C’était aussi l’idée que ce soit une plateforme de visibilité, un pont entre tous ces collectifs.

Ces collectifs ont des approches différentes?

Oui, et c’est ce qui est intéressant. Ce ne sont pas les mêmes générations. L’AFEDE par exemple a été fondée par Maddy Tiembe, une dame de l’âge de mes parents, qui à l’origine voulait soutenir et scolariser les enfants nés de violences sexuelles. Free Congo fait une panoplie de choses et organise des manifestations. Mémoire Coloniale aussi a organisé des rassemblements. Il y a aussi l’asbl Change, que je connais un peu moins bien, mais qui est aussi très active sur ces questions-là.

Est-ce que ces collectifs sont liés à des mouvements politiques au Congo?

Il y a des gens par exemple qui sont pro-gouvernement et d’autres qui essaient de pointer du doigt les failles, en disant que ce qui arrive, c’est aussi parce que le gouvernement est défaillant.

Bleuroise @Lavish Leciel

Et comment ces mouvements arrivent ici à créer quelque chose ensemble? Est-ce que ces différences sont une question?

En tout cas, tout le monde est d’accord pour dire qu’on est contre l’occupation, contre les violences que subissent les populations, contre la balkanisation du pays. Ce qui va changer en fonction des convictions politiques et des postures politiques, c’est de nommer qui sont les responsables. Je ne crois pas qu’il y ait des Congolais qui ont envie qu’on morcelle la RDC.

En tout cas, tout le monde est d’accord pour dire qu’on est contre l’occupation. Il y a un dénominateur commun autour de ce qu’est une agression.

Je crois que ce qui unit et ce qui doit être plus fort que le reste et ce qui m’a l’air de primer, c’est d’abord se mobiliser pour la fin de l’occupation étrangère. Il y a un dénominateur commun autour de ce qu’est une agression, je pense. Qu’est-ce qu’un pays agressé? Mais la situation au Congo, c’est vraiment un magma de plein de choses. On n’est pas attaqué qu’à un seul endroit et par une seule entité. Et il faut aussi se poser la question de «à qui profite le crime?». Il y a les Occidentaux qui sont au Congo, il y a les Chinois, il y a les Etats-Unis qui ont envie d’avoir leur part du gâteau, il y a les multinationales… Et à côté de ça tu as les appétits d’autres pays, l’Ouganda, le Rwanda, le Kenya…

J’imagine qu’ici en Belgique, dans les combats militants, antiracistes, et même dans vos expériences finalement, vous rencontrez aussi des gens d’origine rwandaise. Vous avez peut-être milité ensemble. Comment on gère ces liens quand les pays dont on est originaire sont en conflit et qu’ici on est plutôt des alliés, peut-être des amis?

Je pense que ça a fait des dégâts, dans des amitiés. Si je peux parler de ma propre expérience, moi je me suis frittée avec plusieurs personnes, dont une à qui je ne parle plus parce qu’elle relayait de la propagande kagamiste sans aucun respect des victimes congolaises, et moi je ne peux pas être d’accord avec ça. Mais tu vois, c’est des choses qui sont posées, qui sont dites, et c’est important.
Et il y a des gens avec qui il est possible de discuter. Il y a des gens qui m’ont interpellée par rapport à un post en disant «je ne suis pas du tout d’accord avec ce que tu dis». Mais de nouveau: il n’y a pas une entité homogène au Rwanda.

Ça remue des choses aussi très profondes chez les gens, très sensibles, parfois traumatiques.

J’ai eu plusieurs discussions avec des gens et dedans, il y a toujours un mélange de trauma personnel, des on-dit, des informations qui circulent dans une communauté puis dans l’autre. Et forcément, ce ne sont pas les mêmes réalités.

De la méconnaissance aussi parfois peut-être, de la complexité?

Clairement, et un narratif aussi, qui se transmet de génération en génération.

Avec une histoire violente des deux côtés?

Clairement. Un jour, on a été à une conférence de About Congo, qui organise chaque mois des conférences sur une thématique autour de la guerre, avec une personne avec qui je n’étais pas d’accord du tout. On a discuté longuement après la conférence. On a échangé nos points de vue. Et en fait, ce n’est pas grave. Je pense qu’on n’arrivait pas à tomber d’accord. Mais au moins, ça pouvait se faire autour d’une table.
C’est un héritage avec lequel on doit dealer. Ҫa ne sert à rien de faire l’autruche et transmettre ça à nos enfants. Je pense qu’il faut adresser ces questions-là. Évidemment, tu vas te fritter avec des gens. Mais je suis quand même très partisane du dialogue et de la transparence. «C’est quoi ta posture? On n’est pas d’accord, ok. Mais à quel point on n’est pas d’accord?».

D’où l’importance aussi de connaître l’histoire, d’y être sensible.

L’intimité, ça aide beaucoup. Tu vois, quand tu aimes des gens, et même avec d’autres personnes avec lesquelles on est moins proches, c’est tout de même de dire: «allez, je te connais, quoi». Tu vois, ce n’est pas la même chose que de taper sur une personne sur un réseau social. Et je crois même que ça peut aider d’appartenir à des mêmes mouvements. Parce qu’en fait, on est différents sur ce point-là, on a une histoire différente, mais on a des combats communs. Et c’est intéressant de voir comment le conflit est abordé ici, exacerbé aussi à de nombreux endroits, parce que je crois qu’on déforme aussi avec la distance.

On doit renoncer à cette illusion de «il faut être absolument d’accord, et c’est ça la bienveillance.» On peut être en conflit. Mais il faut un cadre de discussion respectueux.

Je ne crois pas qu’on vive les choses exactement de la même manière ici et là-bas. Nous, on a le privilège d’être en paix. Je peux organiser des événements, je ne vais pas être jetée en prison. Même si tu as des personnes ici qui craignent de tenir des discours contre le régime de Kigali parce elles ont de la famille au Rwanda. Néanmoins, je peux faire des marches, on est en sécurité. Et donc, on a un privilège de dingue, en fait. Moi, je crois qu’il faut renoncer un peu à cette illusion de «il faut être absolument d’accord, et c’est ça la bienveillance.» Mais non, on n’est pas d’accord. On peut être en conflit. Mais par contre, il faut un cadre de discussion respectueux.

Si on revient à l’événement Together for Congo, comment l’avez-vous pensé et conçu?

La première édition a eu lieu l’an dernier à la Balsamine. Au début, je voulais faire mon truc de mon côté, dans des espaces communautaires, pas dans des institutions.

Mais tu voulais dès le début que ça touche un public plus large que les communautés congolaises?

Tout à fait. Je voulais que ces questions soient saisies par la communauté queer, par la communauté artistique… J’ai monté toute la programmation qui a lieu jusqu’à 20h. E’VILLE 58, de Mathilde et Paul Mosseray par exemple, c’est très intéressant, parce que ça crée le lien avec l’héritage colonial. Comment ça impacte une personne congolaise qui n’a jamais été au Congo et un Belge qui a découvert dans son grenier les lettres de sa grand-mère qui était colon.
Il y aura aussi une conférence avec About Congo. C’est une organisation de personnes qui sont belges et congolaises, et qui, chaque mois, au Café Béguin, souvent les mardis soirs, organise des conférences autour d’un sujet qui touche à la guerre à l’est. Par exemple: pourquoi c’est absent dans les médias? Quelles sont les répercussions de l’accord de paix ? Il il y a à chaque fois une thématique. La lecture de Clipping, pièce qui a été primée par la radio RFI, je la voulais vraiment: j’ai rencontré l’auteur, Israël Nzila en décembre, et ça m’a donné encore plus envie. Ras Sankara, qui partagera sa performance à 14h30, est togolais mais panafricain; il parle de l’extractivisme au Congo.

J’imagine qu’organiser un tel événement, caritatif, dans une institution, pose aussi un certain nombre de questions…

Je pense que c’est le fait de devoir rendre les luttes sexy qui me dérange parce qu’après on finit par tout mélanger. Faire la fête est politique mais ça crée des paradoxes dans certains cas: boire, se prendre des cuites, se droguer, je n’ai pas de jugement là-dessus mais pas quand on parle d’un génocide, il y a un truc qui ne va pas selon moi. Du genre: «Ah oui, cool, le Congo.» Et alors, tu mets un petit drapeau et tu as donné des sous et ça suffit. Donc pour moi, la journée Together for Congo, ça devait vraiment être des débats, des rencontres et des artistes, mais des artistes qui travaillent vraiment, qui permettent par leur travail artistique de saisir les enjeux, de comprendre. Quasiment toutes les personnes programmées ont un lien avec le Congo, ce sont des gens qui parlent du sujet.
En tant que personne congolaise, souvent, on va être réduit à la sape, à la bouffe, à la musique, à l’ambiance, à la drague. Et on n’est pas que ça.

En tant que personne congolaise, souvent, on va être réduit à la sape, à la bouffe, à la musique, à l’ambiance, à la drague. Et on n’est pas que ça. On a des auteurs, des metteurs en scène.

On a des auteurs, on a des metteurs en scène. Au Kunstenfestivaldesarts il y avait Nelson Makengo avec son film Tongo Saa il y a deux ans, il y a aussi le metteur en scène Michael Disanka. On se dit que c’est des cas isolés. Mais si tu mets tout bout à bout, il y a quand même une génération de Congolais qui vivent au Congo, à même de parler des réalités qu’ils traversent et qui le font très bien, dans tous les domaines artistiques, que ce soit la peinture, le cinéma, les arts vivants. Des artistes à mettre en avant, qui parlent des réalités actuelles du Congo.

Et tout, ça est passé sous la table parce que le Congo est lié à la rumba dans l’imaginaire de la plupart des gens. Ca, ça m’énerve. C’est hyper intéressant la rumba, ça a influencé le monde entier, mais c’est très réducteur aussi. Que les gens puissent entendre le nom d’Israël Nzila par exemple, ça ouvre des possibles.

Tout cela pose la question, plus largement, de la logique événementielle, de l’injonction à avoir quelque chose qui ait une portée festive. Est-ce qu’on se donne encore l’espace et la possibilité de faire des choses qui prennent la forme d’un événement, mais qui se situent sur un autre plan? Et est-ce qu’on peut faire de l’événement avec la Palestine, avec l’Iran, avec le Congo? Il me semble qu’on ne peut pas si on ne rentre pas dans l’épaisseur et la profondeur des enjeux.

Je suis d’accord avec ça. Tout ça pose des questions plus profondes que juste mettre un drapeau. Et je crois que parfois on passe à côté d’une opportunité de pouvoir réfléchir profondément à ça.

Et en même temps, si l’événement avait lieu dans des espaces plus communautaires, peut-être que vous n’auriez pas accès à tout un pan du public que vous voulez toucher.

Mais du coup, qui vient? je me pose sincèrement la question. Par exemple, si je vais distribuer des flyers à Matonge et que je parle de performances, je sais que ça ne va peut-être pas parler à tout le monde. Et si je pense à des personnes comme mon père, les emmener dans un espace communautaire queer, c’est pari manqué dès le départ.

Ça pose aussi une question: est-ce qu’à Bruxelles, on a des lieux qui permettent de rassembler ou qui permettent à des publics différents, mais qu’on veut toucher pour des raisons différentes sur un événement comme ça, d’être suffisamment à l’aise?

C’est possible. Quand des événements sont faits au cinéma Vendôme autour d’un film, la salle est remplie, et ce n’est pas rempli seulement de Blancs. Alors, c’est peut-être la strate intellectuelle de la communauté… Mais je crois que vraiment que ça dépend de comment on fait notre communication. Cet événement, il est vraiment fait pour l’extérieur, parce que la communauté congolaise, elle est au courant. C’est vraiment l’idée d’alerter. Lorsque le Liban a été attaqué, le lendemain, j’ai vu sur mes réseaux sociaux des événements pour le Liban et ce n’était pas forcément des personnes libanaises qui lançaient l’initiative ou la relayaient. Et comment se fait-il qu’ici en Belgique, on se sente plus concerné par le Moyen-Orient que par ce qui se passe en Afrique centrale?

L’événement Together for Congo, c’est le samedi 25 avril aux Halles de Schaerbeek, à Bruxelles. Le programme complet est à retrouver sur halles.be


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