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Trois expos pointées par Christophe Veys.
épisode 2/4
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Le musée Boijmans Van Beuningen ©Ossip van Duivenbode

Aux Pays-Bas, à Paris et à Leuven

Au large

épisode 2/4

Depot Museum Boijmans Van Beuningen à Rotterdam

Pourquoi y aller?

Le musée Boijmans Van Beuningen (actuellement fermé pour travaux) est l’un des plus importants musées des Pays-Bas. Depuis novembre 2021, on peut y vivre une expérience unique au monde. En effet, le musée a décidé de construire un nouveau bâtiment pour ses réserves ainsi que pour les femmes et les hommes qui y travaillent. Il rend ainsi visible aux yeux de tous·tes ce qui traditionnellement reste invisible. Les architectes du bureau MVRDV ont imaginé une architecture tout à la fois spectaculaire par son gigantisme et discrète grâce à sa couverture entièrement réfléchissante. L’architecture intérieure est elle aussi impressionnante par son esthétique proche de la science-fiction, notamment dans le premier point de vue, une fois entrés dans le dépôt.

Le musée Boijmans Van Beuningen. ©Christophe Veys.

Qu’est-ce qu’on y voit?

Des stocks d’une richesse exceptionnelle y sont mis en lumière (au sens propre du terme). Là, les œuvres dorment en attente de retrouver le musée ou une exposition qui les fera voyager aux quatre coins du monde. Dans les espaces de circulation, on voit aussi la richesse de la variété des territoires de collection du musée. On peut y croiser de l’art ancien, de l’art contemporain mais aussi des vêtements et du mobilier. Actuellement, l’une des galeries d’exposition propose de vivre une expérience inédite en montrant tout à la fois les dos des œuvres et leurs visages. On s’y surprend à passer parfois plus de temps à contempler un chef-d’œuvre par sa face secrète… Cette présentation souligne l’importance des matériaux et pas uniquement leur esthétique ou les propos que les œuvres recèlent.

Dans l’autre galerie, une exposition est présentée à propos de la naissance de cet espace devenu très rapidement un nouvel emblème pour la ville et son musée.

On l’aura compris, n’hésitez pas: vivez cette incroyable aventure! Rotterdam est très proche et c’est une ville très riche en musées et lieux d’exposition. En prime, cette ville sacrifiée durant la seconde guerre mondiale est l’une des plus dynamiques en termes d’architecture contemporaine. Si le sujet vous intéresse, le musée de l’architecture est justement en face de Depot.

Soyez attentif à:

Dans la partie centrale de l’édifice se trouve une œuvre de l’artiste Maurizo Cattelan, l’un des artistes contemporains les plus célèbres. Pendant longtemps, il a joué sur les stéréotypes liés à son pays. Ici, l’Italien en figure de voleur. Cette œuvre est montrée comme on ne la voit jamais. En effet, elle est traditionnellement présentée au centre d’une salle d’art classique. Le sol est creusé et la tête de l’artiste ressort comme s’il convoitait l’une des œuvres afin de la voler.

Ici, dans une vaste boite en verre (élément très présent dans l’architecture intérieure de l’édifice), on voit tout le dispositif permettant au brigand de se hisser à l’étage, mettant dos à dos des armoires superposées, entassant des boîtes, des palettes de bois, des catalogues d’expositions et se dressant enfin sur un fragile tabouret. Un magnifique gage visuel qui entre en parfait écho avec toutes les merveilles conservées dans ce coffre-fort géant qu’est le Depot.

Informations pratiques:

Museumpark 24, NL 3015 CX Rotterdam, Pays-Bas

Exposition permanente.

Ouvert de 11h à 18h (pratique dans un pays où les musées ferment très souvent à 17h).

Attention le billet plein tarif est à 20€ (10€ pour les étudiants, gratuit pour les – de 19 ans) mais l’expérience vaut l’acquisition.

Felix Gonzalez-Torres / Roni Horn à la Bourse de commerce (Paris)

Pourquoi y aller?

Lors de la cérémonie mortuaire de Felix Gonzalez-Torres, le 6 janvier 1996, son amie Roni Horn prononça son éloge funèbre. Quelques années plus tôt, Felix Gonzalez-Torres avait été fasciné par le travail de Horn au point de lui adresser une lettre qui fut à l’origine de leur amitié. La bourse de Commerce les associe donc avec justesse. Par ailleurs, Gonzalez-Torres et Horn sont aussi liés par le fait d’être considérés comme deux des artistes les plus important de la communauté LGBTQ+. Si vous n’êtes pas sensible à l’exposition, le lieu est magnifiquement transformé par le très grand architecte japonais Tadao Ando et propose aussi un grand nombre d’autres expositions.

Qu’est-ce qu’on y voit?

L’exposition, de format moyen, s’articule autour des pièces importantes des deux artistes issues de la collection du propriétaire du lieu: François Pinault. Elles sont associées à quelques prêts extérieurs. Les dix éléments de la superbe pièce de verre «Well and Truly» de Roni Horn ponctuent le parcours de la salle principale avec une délicatesse inversement proportionnelle à leur poids de 750 kg. Les guirlandes d’ampoules de Felix Gonzalez-Torres s’y réfléchissent gracieusement et évoquent un souvenir personnel de l’artiste: les guirlandes lumineuses traversant l’espace d’une salle de fête comme pour inviter à une danse en amoureux, expérience vécue alors que son compagnon était déjà très affaibli par le SIDA.  

Soyez attentif à:

À la fin de l’exposition, deux miroirs sont enchâssés dans le mur. Faites l’expérience de cette œuvre:

Posez-vous face au miroir. Si vous êtes en couple, une tranchée vous séparera. Si vous êtes seul, vous vivrez l’absence de l’autre. Si vous vous mettez en face des deux miroirs, un vide vous coupe en deux. Untitled (Orpheus, Twice, 1991) est réalisée l’année même de la perte de son compagnon, Ross Laycock. Toute l’œuvre de cet artiste considéré comme le pionnier d’un art conceptuel romantique est truffée d’échos à cet être aimé et perdu. Avis aux romantiques: d’autres œuvres magiques figurent dans l’exposition.

Informations pratiques:

Bourse du Commerce

2 rue de Viarmes, 75001 Paris

Jusqu’au 26 septembre 2022

Réservation conseillée

Naufus Ramírez-Figueroa au M à Leuven

Pourquoi y aller?

D’abord et probablement avant tout parce que le M est l’un des meilleurs musées de Belgique et que sa programmation est sans pareil. Après avoir traversé ses incroyables collections permanentes qui rassemblent aussi bien l’art ancien que contemporain, les étages nous proposent deux expositions d’artistes issus de scènes non-européennes. Les formats et matériaux de l’Égyptien Wael Shawky impressionnent mais c’est sur la pratique du Guatémaltèque Naufus Ramírez-Figueroa que je voudrais m’attarder tant par sa variété formelle que par l’intelligence du propos.

Qu’est-ce qu’on y voit?

L’une des choses frappantes dans l’œuvre de cet artiste tient à sa faculté d’utiliser un nombre impressionnant de médiums: sculptures, performances, vidéos… Il y utilise le passé colonial de son pays pour nourrir sa pratique. Cela peut, en partie, nous mettre à distance du sens des œuvres mais les matériaux sont souvent si étranges que l’on prend un grand plaisir à regarder les objets. De plus, le dépliant du M est – comme toujours – très bien fait et proposé en trois langues. Présente dans nombre de ses œuvres, il évoque l’histoire dans un mélange de force et de douceur. Certaines, comme History of silk in Guatemala #1, frappent les esprits par leurs qualités techniques et plastiques. D’autres nous emportent par leur force graphique, comme les tableaux aux motifs de feuilles d’anthurium, ou même par des dimensions Pop assumées dans certaines vidéos.

Soyez attentif à:

Dans le couloir d’entrée de l’exposition est présentée une installation faite de textile et d’objets sculptures. Elle permet de vivre directement l’un des grands questionnements de l’artiste: le poids de la culture et l’importance de réécrire celle-ci constamment, tant les états colonisés ont pu être vampirisés par les pays colonisateurs.

L’esthétique de la suspension est aussi très présente dans son travail, comme on peut le voir avec des pièces évoquant, pour certaines, les divinités, et, pour d’autres, l’histoire de la culture du thé au Guatemala.

Éclairant l’installation, une très belle vidéo montre l’artiste déambulant en 2018 dans le musée (il y était invité en résidence). Il y active les sculptures. Cette porte d’entrée peut nous aider à mieux rencontrer ce travail qui, parfois, nous échappe à cause de sa si grande diversité.

Informations pratiques:

M Museum

Leopold Vanderkelenstraat 28

3000 Leuven

Attention, le musée est ouvert tous les jours sauf le mercredi. Cela fait de lui l’un des très rares musée en Belgique à être ouvert le lundi, un bon plan donc. Il est fort proche de la gare et est gratuit pour les personnes possédant un Museumpass.


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