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Trois expos pointées par Christophe Veys.
épisode 3/4
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Anto-Carte. ©Christophe Veys.

Anto-Carte, l’art d’apprendre et Kasper Bosmans

En ce moment

épisode 3/4

Anto-Carte. De terre et de ciel au BAM à Mons

Pourquoi y aller?

Il est des artistes dont on a la sensation qu’ils ne s’adressent pas à nous. Cela nous vient parfois en croisant une œuvre ou l’autre au hasard des salles de musées.

J’avais un a priori assez négatif sur Anto-Carte (1886-1954): je fus très étonné de découvrir à quel point je m’étais trompé!

Singulière, son œuvre se dérobe à tous les mouvements, même si l’on retrouve quelques traces de symbolisme et des accents un rien expressionnistes dans le travail de cet artiste né à Mons. Si vous avez envie de vivre un travail hors des sentiers balisés de l’histoire de l’art du début du vingtième siècle, ne vous en privez pas.

Qu’est-ce qu’on y voit?

Le musée des Beaux-Arts de Mons propose une exposition en deux volets rassemblant un ensemble d’œuvres principalement issues de collections privées. C’est dire à quel point il faut ne pas la manquer! Dans le premier volet, on s’attarde sur les grands sujets qui traversent sa production, avec la figure humaine comme noyau central. Les visages et les attitudes théâtralisées peuvent troubler mais une fois dépassée cette sensation, on plonge avec gourmandise dans cet univers. Paysans, mineurs, scènes religieuses, tout est prétexte pour des toiles à la matérialité si lisse qu’elles semblent ne pas être que des images.

Le second volet tisse des liens entre son œuvre et le patrimoine artistique de la ville. Plus déconcertant, il est pourtant l’endroit d’une rencontre d’une rare puissance entre un portrait photographique de Pierre Liebaert (né en 1990 à Mons) et un portrait peint par Carte. Les forces intérieures des visages et des créateurs dialoguent avec une grande justesse.

Soyez attentif·ves:

Faites une visite du premier plateau de l’exposition en vous focalisant exclusivement sur la couleur chez Anto-Carte. C’est une expérience merveilleuse. Il nourrit ses couleurs d’une manière absolument magistrale. Elles sont d’une richesse envoutante. On découvre des roses poudrés de mauve, des bleus mâtinés de sable…

Informations pratiques: Jusqu’au 21 août, du mardi au dimanche au BAM, 8 rue Neuve 7000 Mons.

Tarif: 9 € (gratuit avec la carte Museum Pass).

NB: Particulièrement touchée par le travail d’Anto-Carte, l’autrice belge Caroline Lamarche a rédigé une magnifique nouvelle, à la fois percutante et emplie de poésie, intitulée Tombe neige. Souhaitant promouvoir ce texte au public, une édition tout à fait spéciale a été publiée, et est disponible à l’accueil du BAM.

L’art d’apprendre. Une école des créateur·ices au Centre Georges Pompidou Metz

©Christophe Veys.

Pourquoi y aller?

Déjà parce que le Centre Georges Pompidou Metz est un espace dont l’architecture (due au japonais Shiguru Ban) est une expérience rare, à quelques kilomètres de la Belgique. Mais aussi car on peut y découvrir des expositions de grande qualité, comme actuellement: Mimésis. Un design vivant. Une exposition collective soulignant la figure de la nature inspiratrice des plus grands designers.

Mais encore Le Musée sentimental d’Eva Aeppli, rétrospective de cette artiste suisse dont le travail sculptural textile est montré pour la première fois en France dans une telle splendeur. Elle y est présentée en compagnie d’autres figures, comme Louise Bourgeois, Annette Messager ou Andy Warhol, qui viennent dialoguer avec ses œuvres.

On l’aura compris, le citytrip arty à ne pas négliger (si vous y allez avant le 15 août passez aussi par le FRAC et sa magnifique exposition de Michael Rakowitz)!

Mais revenons à notre exposition principale. Pourquoi donc y aller?

Parce que celle-ci pose des questions d’une richesse infinie (on regrette d’ailleurs qu’un étage supplémentaire n’ait pas été confié à Hélène Meiseil, la commissaire de l’exposition).

Comment enseigner l’art ou la créativité? Comment la vie tout entière peut/doit être une source éternelle d’apprentissage? Vaste projet qui offrira aux visiteuses et visiteurs autant d’objets artistiques que de propositions à mettre en débat. Une exposition trampoline pour la pensée, surtout si la transmission est un sujet qui nous habite.

Qu’est-ce qu’on y voit?

L’exposition se concentre sur le troisième étage du musée. Elle inclut un nombre très important d’artistes. On regrette d’ailleurs parfois le fait qu’ils et elles ne figurent qu’avec une seule œuvre mais, à cette nuance près, l’expo est absolument fantastique. Elle déploie des œuvres rarement montrées, des pans peu connu de l’histoire de l’art. Tour à tour méthodique, enjouée, rieuse, hermétique, elle fascine à chaque instant. Ce prisme ludique met aussi en avant des personnalités hors normes, comme Corita Kent, qui fut notamment religieuse catholique, pédagogue, et artiste spécialiste de la sérigraphie pop et politique.

Soyez attentif à:

Au fil de l’exposition, Nayel Zeaiter propose des grandes affiches dessinées revenant soit sur des figures marquantes, soit sur des concepts centraux du projet. Une intervention qui donne une lisibilité enchanteresse à la visite. Entre cartel déployé et bande dessinée, sa pratique correspond parfaitement aux enjeux de l’exposition. Pas un hasard pour celui qui a publié une Histoire de France et une Histoire du vandalisme illustrées (aux éditions Comprendre). Ne manquez pas de prendre le grand livret regroupant l’ensemble de ses interventions.

Informations pratiques

Jusqu’au 29 août. Du mercredi au lundi inclus.

12€ prix plein pour l’ensemble des expositions du Centre. Nombreuses réductions possibles.

Centre Georges Pompidou Metz, 1 parvis des Droits-de-l’Homme 57000 Metz.

Kasper Bosmans Husbrandry au Wiels

©Christophe Veys.

Pourquoi y aller?

Kasper Bosmans (né en 1990 à Lommel) est l’une des nouvelles grandes figures de l’art contemporain en Belgique et cette exposition que lui consacre le Wiels est un moment important dans sa carrière. Fasciné par la possibilité de raconter des histoires en images, Bosmans nous embarque avec force dans un univers joyeux et coloré mais non dénué d’aspérités.

Qu’est-ce qu’on y voit?

Des peintures (soit des grandes peintures murales soit des petites en panneaux en bois peints), des installations monumentales et d’autres propositions en grande partie inédites. Le début de l’exposition est assez marquant par la couleur et les signes inspirés d’emblèmes héraldiques qui prennent joyeusement le visiteur dès la très réussie première salle. Ainsi, on se laisse embarquer dans les grandes et petites histoires qui tissent joyeusement le fil de l’imaginaire de l’artiste. Et on croise en filigrane des figures de contrebandiers de beurre ou de valeureux guerriers vikings.

Soyez attentif à:

Dans la première salle, un socle à l’intérieur duquel sont placés des petits cailloux. Sorte de constellation du presque rien, qui s’avère être l’ensemble des pierres présentent dans l’estomac d’une poule. Élément essentiel à la digestion de l’animal, de même qu’à la bonne qualité des coquilles de ses œufs.

Une bonne part de l’essentiel est caché et c’est l’une des grandes leçons de l’exposition de Bosmans. Le guide du visiteur, très éclairant, n’est pas à négliger durant la visite.

Informations pratiques:

Wiels, Centre d’Art Contemorain, 354 avenue Van Volxem, 1190 Bruxelles.

Jusqu’au 14 août, du mardi au dimanche.

Tarif: 10€ (avec en prime l’exposition de Lucy Raven), gratuit avec la carte Museum Pass.


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