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©Lee Shulman et Omar Victor Diop, Being There, 2023. Avec l’aimable autorisation des artistes.

Les Rencontres de la Photographie d’Arles

Au large

Plus de quarante expositions dessinent une ville chaque fois renouvelée, disséminées entre lieux grandioses et adresses plus singulières.
Sans désir d’exhaustivité, et en se laissant guider par l’ombre et le soleil (chercher l’une, s’abriter de l’autre), un tour d’Arles en forme de zakouskis photographiques. Chaud devant!

Flashback 1. Nicéphore!

En 1827, l’ingénieur et inventeur français Nicéphore Niépce (1765-1833) réussit pour la première fois à fixer une image du réel de manière durable. La photo est née (et on fêtera ses 200 ans l’année prochaine, préparez-vous). La plus ancienne photographie conservée s’intitule «Point de vue du Gras». Elle représente la cour de sa maison en Bourgogne et a nécessité un temps de pose incroyable de plusieurs heures sous le soleil. En 1839, Daguerre, l’associé de Niépce, raccourcit les temps de pose, facilite la chimie et lance la folie mondiale de la photographie.

Flashback 2: Arles, ou comment un art «mineur» a conquis ses lettres de noblesse

Il existe un festival à Arles depuis 1968, mais, avant 1970, il est consacré pour l’essentiel au théâtre et à la musique. Le changement de cap naît d’une jolie convergence d’humeurs et de créativités. Lucien Clergue (1934-2014) en est le principal instigateur. Photographe arlésien célèbre pour ses paysages noirs et blancs de Camargue, puis pour ses nus, c’est son «activisme photographique» qui donnera naissance aux Rencontres. En 1969, il est nommé directeur artistique du festival arlésien, alors pluridisciplinaire. Avec ses complices Jean-Maurice Rouquette, historien arlésien et pilier du musée Réattu, et l’écrivain Michel Tournier, fervent défenseur d’un Art Photographique auquel peu de gens donnaient du crédit à l’époque, il utilise le budget et la structure de cet événement préexistant pour y imposer, en juillet 1970, les «Premières Rencontres photographiques». La section photo prendra une telle ampleur qu’elle finira par absorber l’identité même du festival, jusqu’à devenir l’événement autonome que l’on connaît aujourd’hui.

En 1970, la toute première édition des Rencontres d’Arles réunit une communauté confidentielle de 200 visiteur·euses. En 2025, le festival a enregistré un record historique absolu avec 175.000 festivaliers sur l’ensemble de la saison!

Arles 2026: Premier tour de piste

Modèle animal – 200 ans de photographie

On commence par LE coup de cœur des Rencontres. La plus ancienne photo connue d’un animal est (sans doute) celle d’une vache, prise en 1842 par Joseph-Philibert Girault de Prangey, dans la campagne romaine. La photographie animalière est là depuis les débuts de la photo. Modèle animal rassemble une extraordinaire collection qui traverse 200 ans de représentation, 200 ans de «regards», où l’humain regarde l’animal, qui parfois regarde l’humain. Des photos anonymes ou des images célèbres de photographes renommé·es, et un accrochage qui s’articule autour de 7 regards: anatomique, performatif, affectif, fasciné, éthique, plastique et viral. Un voyage bouleversant dans notre imaginaire collectif, et des clichés dont certains laissent sans voix.


©Jean-Baptiste Huynh, Buckley, 1999 Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
©Pieter Hugo, Abdullahi Mohammed avec Mainasara, Ogere-Remo, Nigeria, 2007. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de Stevenson, Cape Town/Amsterdam.

Martine Barrat – Soul of the City

On l’associe à New York et surtout au Bronx, territoire marginalisé du capitalisme hurlant. Installée dans la Grosse Pomme en 1968, Martine Barrat (1933 -) documente d’abord en vidéo les gangs du South Bronx, Roman Kings et Ghetto Brothers, avant de passer à la photographie. La curiosité en bandoulière, la photographe française suivra les enfants des clubs de boxe, ces petits Cassius ou Foreman, puis se donnera à Harlem et à ses habitant·es, une immersion pleine d’émotion et de pudeur. Soul of the City révèle surtout une relation rare, faite de respect et de tendresse, entre la photographe et celles et ceux qu’elle célèbre.

©Martine Barrat, Love avant d’aller au Rhythm Club, elle voulait être sûre que son maquillage soit bien mis, Harlem, 1996. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la Galerie Rouge.

Festival ()ff – des images au-delà des marges

Si un Festival mesure sa prééminence à la dissidence qu’il suscite, les Rencontres d’Arles sont un phénix de la chose, tant son Off est passionnant et foisonnant. Pour sa troisième édition, le Off Arles montre les talents émergents, les divergences joyeuses ou foutraques, celles et ceux que la sélection officielle n’a pas repéré ou qui œuvrent sous les radars officiels.

Le Off se veut un territoire de rencontres

Plus qu’un contre festival, le Off se veut un territoire de rencontres. 200 expos et plus de 1.000 artistes, orchestrées entre autres par le collectif La Kabine. Un catalogue très fourni et une appli pour s’y retrouver. Il faudra bien un été pour effleurer tout cela.

Mini-coup de cœur pour les tirages journalistiques de l’AFP, à la Fisheye Gallery: un voyage exclusif dans le fonds argentique de l’Agence France-Presse, qui a ouvert son «coffre-fort» physique de plus de 6 millions de clichés.

Park Chan-wook – Par un matin calme

L’espace Galerie Lee Ufan Arles présente (pour la première fois en Europe) le travail photographique du réalisateur coréen Park Chan-wook. On connaît le regard de perfectionniste du cinéaste de Old Boy ou de Mademoiselle, et sa maestria dans la composition et dans le montage de ses films très storyboardés. On sait moins qu’il est aussi un photographe attentif aux cocasseries visuelles, à l’imprévu (le mot est juste, en l’occurrence). Une balade passionnante dans l’univers parallèle d’un créateur accompli. On cherchera bien sûr les convergences entre sa cinématographie et ses photos. Et on sortira charmé par le temps suspendu, tout en contemplation, capté par un œil vif et volontiers amusé.

©Park Chan-wook, Faces 13, 2013. Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
©Park Chan-wook, Hakone, 2017. Avec l’aimable autorisation de l’artiste.

Harry Gruyaert – A Sense of Place

Arpenter le monde, donner l’image (comme on donne la parole) aux anonymes qui peuplent l’espace urbain, baigner de couleurs très saturées les quartiers d’Anvers ou les recoins de New York, Tokyo, Paris ou Mumbai. La technique sans faille de Harry Gruyaert provoque une curieuse sensation dans cette exposition A Sense of Place: celle de la création d’un «GruyaertLand», où les villes des continents différents se connectent à travers le regard du photographe belge, qui amène à lui les lieux qu’il photographie. Comme Gabin qui était Gabin dans tous ses films, et tous ses rôles, Gruyaert fait de ses villes les composantes de sa mégalopole personnelle.

©Harry Gruyaert, Commémoration de la Bataille de Waterloo, Boom, Belgique, 1988. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de Gallery FIFTY ONE, Anvers.

Ming Smith – Lueur nomade

Lueur nomade présente plusieurs décennies du travail de Ming Smith et met en regard ses expériences américaines et européennes. Ses séjours à Paris, Rome ou Londres ont nourri une pratique de la photographie centrée sur le geste, l’atmosphère et l’émotion. Sans jamais dissocier son travail de son expérience de femme noire américaine, Smith échappe aux représentations figées. Elle privilégie des images ouvertes, où les corps et les visages se mêlent souvent à leur environnement. Le flou, le mouvement et la couleur sont au cœur de son langage photographique. Ils donnent à ses images une dimension parfois proche du souvenir ou de la sensation.

©Ming Smith, Sun Ra Space II, 1978. Courtesy of the artist.

Nous ne sommes pas seuls – Images extraterrestres

Une expo photo comme un gag! L’idée de départ est simple: considérer d’un point de vue photographique les clichés de «preuves de présence des extraterrestres à travers le temps». On démarre par le poster de la série X-Files, et surtout par sa photo, réalisée en 1975. Son auteur, le Suisse Eduard Albert «Billy» Meier, est connu pour de nombreux ouvrages dans lesquels il affirme, images à l’appui (!), avoir réussi à entrer en contact avec les habitant·es d’autres planètes. Entre fake news bidouillées et allumés divers, l’expo prend le parti du premier degré et de la curation sérieuse. On la parcourt comme le fil Facebook d’un secoué de première. Mais qui sait?

©Douglas Curran, Ruth Norman dite «Uriel», fondatrice de l’Académie des sciences Unarius, El Cajon, Californie, 1981, série In Advance of the Landing: Folk Concepts of Outer Space [Avant l’atterrissage: conceptions populaires de l’espace]

Lee Shulman & Omar Victor Diop – The Anonymous Project – Being There

En 2017, Lee Shulman – cinéaste et artiste américain – achète une boîte de diapositives anciennes, aux magnifiques couleurs Kodachrome, et tombe sous le charme. The Anonymous Project est né de cette fascination pour des images d’amateur·ices qui témoignent d’une mémoire collective – un «Je me souviens» visuel, en quelque sorte. Depuis, Shulman crée de nouvelles expériences et installations hybrides et immersives qui cherchent à donner un sens à ces souvenirs et à créer de nouvelles façons de raconter des histoires qui remettent en question notre place dans le monde.

Déjà exposé à Kyotography, le travail du photographe sénégalais Omar Victor Diop combine les arts plastiques, la mode et le portrait photographique. La rencontre des deux artistes pour le projet Being There est un second coup de cœur d’Arles 2026!

Prises en Amérique du Nord dans les années 1950 et 1960, les photographies de Being There témoignent d’une époque marquée par la reprise économique et la menace de la guerre froide, mais aussi par la ségrégation raciale et les luttes pour les droits civiques.

De ce contraste […] nait un doux malaise, une secousse à bas bruit…

Lee Shulman et Omar Victor Diop interviennent dans ces scènes en apparence insouciantes, y introduisant une présence noire là où l’histoire et le racisme structurel la rendaient impossible. De ce contraste entre l’innocence des images-souvenirs des albums de famille ou des réunions de travail et la présence subtilement intégrée de Diop, nait un doux malaise, une secousse à bas bruit sur ce que notre regard considère comme «évident». En s’invitant dans ces photographies de l’Amérique ségrégationniste, Omar Victor Diop signe un geste aussi drôle que politique. Une manière subtile de questionner ce passé et notre présent.

©Lee Shulman et Omar Victor Diop, Being There, 2023. Avec l’aimable autorisation des artistes.

©Lee Shulman et Omar Victor Diop, Being There, 2023. Avec l’aimable autorisation des artistes.

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Le programme détaillé des Rencontres ici.

Le programme du Off.


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